Countries: Israel, occupied Palestinian territory Source: UN Security Council 9868e séance - matinCS/16007Le Moyen-Orient connaît aujourd’hui une transformation rapide à l’ampleur et à l’impact « incertains » mais qui représente une « opportunité historique », « notre dernière chance de parvenir à la solution des deux États », a déclaré la Coordonnatrice spéciale par intérim des Nations Unies pour le processus de paix dans la région. Mme Sigrid Kaag n’a pas été la seule, ce matin au Conseil de sécurité, à considérer que la crise qui a éclaté le 7 octobre 2023 est parvenue à un tournant, lors d’une séance poignante, marquée par le tout premier témoignage d’une otage israélienne libérée par le Hamas, et par l’écoute d’un enregistrement de deux jeunes filles gazaouites tuées il y a un an.Enlevée alors qu’elle participait à un festival de musique, Mme Noa Argamani a été détenue pendant plus de huit mois avant d’être libérée par des soldats israéliens avec trois autres captifs. « C’est un miracle pour moi d’être ici devant vous », a-t-elle déclaré aux membres du Conseil, non sans ajouter que « le temps presse » pour les 63 otages restants dans la bande de Gaza, dont son conjoint Avinatan Or. Elle a dit croire qu’au moins 24 d’entre eux seraient encore en vie, certains envoyant des signes par le biais d’otages libérés. Évoquant le sort tragique d’Ariel et Kfir Bibas, jeunes enfants morts en captivité, tout comme leur mère, elle a dit savoir « ce que c’est que de se sentir abandonné ».Assis aux côtés de Mme Argamani, qui tenait dans ses bras une photo de son compagnon, le représentant d’Israël a exprimé son dégoût devant les atrocités et la « cérémonie macabre » subies par les Bibas, « tués à mains nues » par « ces monstres » du Hamas, qui auraient ensuite mutilé leurs corps pour faire croire qu’ils avaient péri dans une attaque aérienne israélienne. Plusieurs membres du Conseil ont exprimé leur révulsion, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, ainsi que la Coordonnatrice spéciale: « Aucun d’entre nous n’oubliera les images poignantes des cercueils des enfants Bibas pris en otage avec leur mère et tués pendant leur captivité », a assuré Mme Kaag.Juste auparavant, l’Observateur permanent de l’État de Palestine avait fait écouter le dernier appel téléphonique, aux services d’urgence, de Layan Hamadeh, 15 ans, et de Hind Rajab, 6 ans, deux Palestiniennes abattues il y a un an par les tirs d’un char israélien en même temps que cinq membres de sa famille, alors qu’ils tentaient d’évacuer la ville de Gaza en voiture. « Assez de sang versé, assez de souffrances, assez de douleurs », s’est exclamé l’observateur palestinien, en pleurant le sort des enfants, qui ne méritent pas moins l’indignation face à leur « mise à mort » et à leur « traitement inhumain ».« Jeu à somme nulle »Pour M. Daniel Levy, le Président de U.S/ Middle East Project (USMEP), « Israéliens et Palestiniens méritent la sécurité », et ce n’est pas un « jeu à somme nulle » qui leur permettra d’y parvenir. Il a toutefois souligné l’asymétrie de pouvoir entre un « État colonisateur » puissant et un peuple occupé, notant que si une minute de silence devait être observée pour chacune des victimes de ce conflit, dont des milliers d’enfants, cela durerait plus de 300 heures. Pour cet intervenant de la société civile, des comptes doivent être demandés au Hamas pour ses crimes, comme à l’Ambassadeur d’un État Membre de l’ONU lorsqu’il déchiquette la Charte des Nations Unies à la tribune de l’Assemblée générale, a cinglé M. Levy. Dans un monde désormais multipolaire, a-t-il ajouté, des règles égales doivent s’appliquer à tout le monde pour éviter la loi de la jungle et l’exceptionnalisme.Cette séance mensuelle consacrée à la situation au Moyen-Orient dans son ensemble a été dominée par l’évocation de la mise en œuvre, encore fragile, de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, qui a permis l’échange jusqu’à présent de 34 otages israéliens contre 1 135 prisonniers palestiniens. Si plusieurs des otages étaient dans un état déplorable, nombreux sont les Palestiniens à avoir subi des mauvais traitements et des humiliations durant leur détention, a précisé la Coordonnatrice spéciale par intérim.L’entrée en vigueur de la première phase du cessez-le-feu le 19 janvier s’est traduite par une intensification de l’aide humanitaire auprès des Gazaouites et la reprise des évacuations médicales en Égypte via le point de passage de Rafah à partir du 1er février. Aussi, alors que de premières estimations portent à hauteur de 53 milliards de dollars le montant de l’effort de reconstruction et de relèvement de la bande de Gaza, la séance d’aujourd’hui a été l’occasion d’exprimer des divergences de vue sur ses modalités.Renoncer aux « idées du passé »Pour les États-Unis, l’avenir de Gaza suppose de renoncer aux « idées du passé », des mots repris à son compte par Israël. La délégation américaine a estimé qu’aucun plan de reconstruction ne peut être envisagé avec une organisation terroriste, le Hamas, qui doit être « éradiquée », et son parrain iranien empêché de fabriquer ou acquérir des armes nucléaires qui lui permettraient de se prémunir de pressions extérieures. « Les pays du Moyen-Orient ont une possibilité historique de reconfigurer la région », avec une extension des Accords d’Abraham, en vue d’aboutir à une meilleure intégration régionale entre Israël et ses voisins pour faire bloc contre l’Iran et lutter contre la terreur à Gaza et en Cisjordanie.« Nous attendons avec intérêt un plan de la part de nos partenaires arabes qui refléterait cette vision », a lancé la représentante des États-Unis, alors que l’Égypte prévoit d’organiser une conférence consacrée à la reconstruction de Gaza. S’exprimant au nom du Groupe des États arabes, le Koweït a dénoncé « l’escalade sans précédent » en Cisjordanie, qui menace la viabilité d’une solution à deux États, et rappelé à la suite de la France que le transfert forcé des Palestiniens constituerait un crime de guerre, notamment en vertu de l’article 49 de la quatrième Convention de Genève de 1949. Le Groupe des États arabes refuse également les tentatives de « faire porter aux États de la région » les conséquences des appels aux déplacements, en particulier la Jordanie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, le représentant koweïtien se félicitant du soutien d’une grande partie de la communauté internationale à cet égard.L’alarmisme au sujet des destructions et des violences provoquées par les colons israéliens en Cisjordanie a été partagé par plusieurs membres du Conseil, dont la Chine. L’Algérie a cité les propos du Ministre des finances d’Israël, qui a déclaré qu’en 2025, l’objectif est de « démolir plus que ce que les Palestiniens ont construit en Cisjordanie », soit une attaque directe contre la solution des deux États. Alors que la Coordonnatrice spéciale par intérim a rappelé la nécessité de soutenir l’Autorité palestinienne pour lui permettre d’assumer ses responsabilités dans la bande de Gaza, la délégation algérienne s’est émue de l’affaiblissement qu’elle subit de la part d’Israël, qui confisque régulièrement ses revenus fiscaux.Intégrité du Territoire palestinien occupéLa Fédération de Russie, qui a aujourd’hui dit compter sur la « cohérence » de la « ligne » suivie par l’Administration Trump pour la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu, a placé des espoirs dans la tenue d’une conférence internationale sur le Moyen-Orient en juin, qui sera coprésidée par la France et l’Arabie saoudite. « Nous ne minimisons en aucune façon l’importance d’accords situationnels fragiles, mais nous ne devons en aucun cas nous y limiter », a déclaré la délégation russe, pour qui on ne peut également pas proposer des solutions qui portent atteinte aux intérêts d’une partie et donnent la priorité aux préoccupations de l’autre. De son côté, la Chine a rappelé que la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est « constituent la patrie du peuple palestinien, pas une monnaie d’échange pour des accords à des fins politiques ».Mme Kaag a rappelé que ce territoire fait « partie intégrante » d’un futur État palestinien. Pour elle, il faut veiller à ce que la bande de Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, soient « unifiées politiquement, économiquement et administrativement ». Dans cette perspective, il n’y aura pas de présence à long terme de Tsahal à Gaza et les préoccupations sécuritaires légitimes d’Israël devront être prises en compte. « Nous devons en outre nous engager à mettre fin à l’occupation et à parvenir à un règlement définitif du conflit sur la base des résolutions de l’ONU, du droit international et des accords antérieurs. »***NOUVEAU - Suivez la couverture des réunions en direct sur notre LIVE***La situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienneExposéMme SIGRID KAAG, Coordonnatrice spéciale par intérim des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, a reconnu que cette région connaît aujourd’hui une transformation rapide, dont l’ampleur et l’impact restent incertains, mais qui représente une « opportunité historique », « notre dernière chance de parvenir à la solution des deux États ». On ne le répétera jamais assez, a-t-elle souligné: « rien ne justifiait les effroyables attaques terroristes du 7 octobre perpétrées par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens ».Mme Kaag a salué la mise en œuvre de la première phase du cessez-le-feu, dont la libération de 34 otages. Elle s’est faite l’écho de la condamnation par le Secrétaire général de la parade publique des otages libérés par le Hamas, y compris des déclarations faites sous la contrainte, et de l’exposition effroyable des cercueils des otages décédés: « aucun d’entre nous n’oubliera les images poignantes des cercueils des enfants Bibas pris en otage avec leur mère et tués pendant leur captivité ». Alors que les otages israéliens libérés montrent des signes évidents de mauvais traitements, la Coordonnatrice spéciale a exigé que tous les otages soient autorisés à recevoir des visites et l’aide du Comité international de la Croix-Rouge.À Gaza, la mort, les destructions et le déplacement forcé ont été infligés aux civils palestiniens, a-t-elle poursuivi. Si la première phase du cessez-le-feu a constitué un soulagement, il reste encore beaucoup à faire pour remédier à plus de 15 mois de privation des besoins humains fondamentaux et surtout à la perte de dignité humaine, s’est alarmée la haute fonctionnaire. Dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu, 1 135 prisonniers et détenus palestiniens ont été remis en liberté jusqu’à présent, mais les informations faisant état de graves mauvais traitements et d’humiliations durant leur détention sont préoccupantes.Depuis l’entrée en vigueur de la première phase du cessez-le-feu le 19 janvier, l’ONU, les ONG et les États Membres ont accéléré et intensifié l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. L’amélioration des conditions d’accès et de sécurité a permis la délivrance de l’aide et des services et les évacuations médicales via le point de passage de Rafah ont commencé le 1er février, facilitant le transfert vers l’Égypte des patients malades et blessés. Alors que nous répondons aux besoins immédiats à Gaza, nous devons également construire un avenir qui offre protection, relèvement et reconstruction, a exhorté la Coordonnatrice spéciale. Les premières estimations indiquent que 53 milliards de dollars seront nécessaires pour cet effort. Les États arabes s’efforcent d’élaborer un plan de reconstruction de Gaza, l’Égypte prévoyant d’accueillir une conférence consacrée à cette question, a-t-elle salué.Mme Kaag s’est aussi dite préoccupée par les opérations militaires, les attaques et la montée de la violence en Cisjordanie. Des pertes humaines, des destructions et des déplacements continuent d’y être signalés, en particulier dans les provinces de Jénine, Toubas et Toulkarm. Bon nombre de ces zones se trouvent dans la zone A, sous la responsabilité de l’Autorité palestinienne, a précisé la Coordonnatrice spéciale. Les forces israéliennes y ont mené des frappes aériennes et recouru à l’artillerie lourde, tandis que les militants palestiniens se servent d’engins explosifs improvisés et lancent des attaques à main armée. « Cela se produit parallèlement à la violence et à l’intimidation continues des colons israéliens contre les Palestiniens et aux attaques des Palestiniens contre les Israéliens », a déploré la haute fonctionnaire.En ce qui concerne la poursuite de la colonisation illégale, environ 2 000 nouveaux logements ont été construits ces dernières semaines, principalement dans la zone C, a-t-elle relevé. Les Palestiniens se voient imposer l’utilisation des terres à des fins agricoles, tandis que les démolitions et les expulsions se sont accélérées. De sévères restrictions aux mouvements de personnes continuent de paralyser la vie quotidienne de nombreux Palestiniens, entravant leur accès aux services essentiels et leurs activités économiques. Ces évolutions, ainsi que les appels persistants à l’annexion, représentent une menace existentielle à la perspective d’un État palestinien viable et indépendant et, par conséquent, à une solution à deux États, a mis en garde la Coordonnatrice spéciale.Après avoir brièvement évoqué la situation au Liban, où elle s’est félicitée de l’élection du Président et de la formation du nouveau Gouvernement, Mme Kaag a appelé ce pays et Israël à prendre des mesures significatives en vue de la pleine mise en œuvre de la résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité afin de rétablir la stabilité et de permettre aux populations des deux côtés de la Ligne bleue de rentrer chez elles. Elle a également exhorté les parties à respecter leurs obligations en vertu de l’Accord de désengagement des forces de 1974 dans le sud-ouest de la Syrie.Alors que nous planifions l’avenir de Gaza, la Coordonnatrice spéciale a rappelé que ce territoire fait « partie intégrante » d’un futur État palestinien. Pour elle, il faut veiller à ce que Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, soient « unifiées politiquement, économiquement et administrativement ». Dans cette perspective, il n’y aura pas de présence à long terme de Tsahal à Gaza et les préoccupations légitimes d’Israël en matière de sécurité devront être prises en compte. « Nous devons en outre nous engager à mettre fin à l’occupation et à parvenir à un règlement définitif du conflit sur la base des résolutions de l’ONU, du droit international et des accords antérieurs ».La Coordonnatrice spéciale a formulé quatre demandes essentielles. La première est de continuer à soutenir la pleine mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu, en particulier s’agissant de la libération de tous les otages. Ensuite, elle a plaidé pour une désescalade urgente en Cisjordanie avant de demander à la communauté internationale de continuer à soutenir l’Autorité palestinienne dans ses efforts de réforme et de lui permettre d’assumer ses responsabilités dans la bande de Gaza. Les forces de sécurité palestiniennes devraient également pouvoir assumer leurs responsabilités dans les zones sous leur contrôle. Enfin, il faut soutenir politiquement et financièrement les efforts de redressement et de reconstruction de Gaza, a ajouté Mme Kaag.Moyen-OrientIsraëlÉtat de PalestineQuestions palestiniennesÀ l’intention des organes d’information. Document non officiel.