Les terres rares ne sont plus un sujet réservé aux spécialistes. Elles sont aujourd’hui au cœur des grandes chaînes industrielles, car elles entrent dans la fabrication de produits technologiques avancés, d’alliages spéciaux, d’équipements médicaux et de composants électroniques.Cette place stratégique a été au centre de la session « Rares, stratégiques : souveraineté et coopération internationale dans le domaine des terres rares et des minerais critiques », organisée le 4 juin au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Les participants y ont débattu d’une question devenue centrale : la valeur se trouve-t-elle dans l’extraction, dans la transformation ou dans les technologies qui utilisent ces minerais ?Selon Denis Mantourov, premier vice-président du gouvernement russe, cité dans les comptes rendus de la session, les métaux rares et les terres rares sont indispensables à l’industrie moderne. Il a rappelé qu’il était impossible de produire des biens technologiques avancés sans ces matériaux. Ils sont notamment utilisés dans les alliages spéciaux, auxquels ils donnent des qualités recherchées comme la solidité, la résistance à l’usure ou la tenue aux températures extrêmes.La Russie met en avant une base solideCes métaux sont également nécessaires à la microélectronique et à la médecine de haute technologie, notamment pour les appareils de diagnostic et de traitement. Denis Mantourov a souligné que la Russie dispose, depuis l’époque soviétique, d’une base industrielle importante dans ce domaine, avec des réserves significatives et des technologies de séparation et de transformation déjà maîtrisées.Cet héritage constitue aujourd’hui un point d’appui pour développer une filière nationale plus complète. Le ministre russe des Ressources naturelles, Alexandre Kozlov, a indiqué que le pays compte 18 gisements de terres rares inscrits au bilan de l’État. Douze disposent déjà d’une licence d’exploitation, tandis que six restent disponibles pour de futurs appels d’offres.Le ministre a fait état de 18 autres zones en cours d’exploration. Il a rappelé que le passage de la prospection géologique à l’inscription officielle des réserves peut prendre environ sept ans. Ce délai montre l’importance d’une stratégie de long terme dans un secteur où les besoins industriels évoluent rapidement.Souveraineté industrielle et coopération internationaleSelon Alexandre Kozlov, la Russie occupe la septième place mondiale pour les réserves de terres rares, avec 28,4 millions de tonnes recensées. Il a estimé que cette base permettait de répondre aux besoins du marché intérieur, mais aussi de préparer de futures exportations.Le sujet dépasse toutefois les seules capacités russes. Les comptes rendus de la session rappellent que la Chine contrôle environ 60 % de l’extraction mondiale et jusqu’à 90 % de la transformation profonde des terres rares. Dans ce contexte, le contrôle des chaînes d’approvisionnement devient un enjeu majeur pour les États et les industries de haute technologie.La question est d’autant plus sensible que les tensions touchent déjà plusieurs marchés. Les entreprises européennes de défense doivent faire face à une concurrence accrue pour l’accès aux terres rares, notamment face à des acheteurs américains plus rapides. Cette situation met en évidence la fragilité des approvisionnements occidentaux.Dans ce contexte, Moscou associe souveraineté industrielle et coopération internationale. La session a réuni des représentants étrangers, notamment d’Arabie saoudite, du Kazakhstan et de Sierra Leone, aux côtés des responsables russes. Denis Mantourov a affirmé que la Russie était prête à coopérer avec des partenaires comme la Chine, l’Inde et plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite.Ces coopérations pourraient prendre la forme d’investissements communs ou de projets industriels. Parmi les pistes évoquées figure le développement d’un cluster de transformation approfondie des métaux critiques en Sibérie. L’objectif est de renforcer la transformation locale et de créer davantage de valeur industrielle.Lors de la session, les terres rares sont ainsi apparues comme un enjeu de souveraineté, mais aussi de coopération. Pour la Russie, il s’agit de valoriser ses ressources, de renforcer ses capacités technologiques et de participer à la construction de nouvelles chaînes de valeur avec des partenaires prêts à travailler sur des bases pragmatiques.