L’Organisation des Nations unies (ONU) tire la sonnette d’alarme sur l’impact environnemental de l’intelligence artificielle et des infrastructures numériques. Dans un rapport récent consacré à l’utilisation des ressources par les centres de données, l’institution souligne une pression croissante sur l’eau, l’énergie et les espaces terrestres.En 2025, la consommation électrique des centres de données dans le monde a atteint environ 448 térawattheures, un niveau proche de celui d’un pays comme la France. Les systèmes dédiés à l’IA représenteraient déjà près d’un cinquième de cette consommation globale.Une pression croissante sur les ressources naturellesLe rapport estime également que ces infrastructures auraient utilisé environ 4 500 milliards de litres d’eau en 2025, soit l’équivalent de 1,8 million de piscines olympiques. Si la tendance se poursuit, la consommation pourrait atteindre 9 milliards de mètres cubes d’ici 2030, un volume comparable aux besoins annuels de 1,3 milliard de personnes en Afrique subsaharienne.Sur le plan énergétique, les projections sont tout aussi préoccupantes : la demande pourrait grimper à 945 térawattheures d’ici 2030, soit près du triple de la consommation combinée du Pakistan, du Bangladesh et du Nigeria.L’ONU s’inquiète également de l’empreinte foncière de ces infrastructures. Les centres de données pourraient occuper jusqu’à 15 000 km² à l’échelle mondiale, soit environ cinq fois la superficie de l’agglomération parisienne.Vers un modèle plus responsable de l’IAPour les auteurs du rapport, l’enjeu dépasse la seule question des émissions de carbone. « Bas en carbone ne signifie pas toujours bas en consommation d’eau ou d’espace », souligne l’étude, qui appelle à une approche plus globale des impacts environnementaux.La chercheuse Miriam Aczel, de l’Institut de l’ONU, met en garde contre les effets paradoxaux de certaines stratégies : des choix technologiques présentés comme écologiques peuvent parfois aggraver la pression sur les ressources hydriques ou foncières.L’organisation ne remet toutefois pas en cause le développement de l’IA en tant que tel. Elle plaide plutôt pour la mise en place d’un « écosystème d’IA responsable », fondé sur la transparence, l’efficacité énergétique dès la conception et une meilleure prise en compte de la justice environnementale.« Le réel progrès se manifeste dans l’intégration de critères de durabilité à tous les niveaux, jusqu’à la gouvernance et l’usage par le grand public », conclut le rapport.