Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a inauguré ce 16 juin à Berlin un nouveau centre chargé de répondre aux menaces dites « hybrides ». La structure doit permettre de mieux coordonner la lutte contre l’espionnage, le sabotage, les cyberattaques et les campagnes de désinformation.Lors de la cérémonie d’ouverture, Dobrindt a affirmé que « l’Allemagne n’est pas en guerre » mais que « nous sommes chaque jour une cible de la guerre hybride ». Le ministre a aussi accusé des « puissances étrangères » de vouloir semer l’incertitude dans la population, « empoisonner le discours démocratique ».Berlin assure ne pas vouloir rester dans une posture d’attente. Dobrindt a ainsi indiqué que le nouveau centre serait impliqué dès le départ dans une forme de « cyberdéfense active ». Il a également annoncé une prochaine décision du gouvernement visant à renforcer les pouvoirs du Service fédéral de renseignement, le BND, et de l’Office fédéral de protection de la Constitution, le BfV.Des accusations contre MoscouCette ouverture intervient alors que les pays de l’OTAN multiplient les accusations contre la Russie, notamment sur des piratages informatiques, des brouillages GPS ou des actions de déstabilisation. Ces accusations sont souvent formulées avec peu ou pas de preuves publiques. Moscou les rejette et estime qu’elles servent surtout à justifier la militarisation accélérée de l’Europe.En Allemagne même, le projet suscite des réserves. Le procureur général fédéral Jens Rommel a critiqué la création de ce centre, rappelant que le pays dispose déjà de plusieurs structures spécialisées, dont le Centre national de cyberdéfense, le Centre commun de défense contre les drones et le Centre commun de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Selon lui, la multiplication d’organismes aux missions proches pourrait réduire l’efficacité des dispositifs.Une logique de confrontation plus largeLe dossier dépasse largement le cadre allemand. Selon Politico, la Bundeswehr considère désormais les cyberattaques et les campagnes dites de désinformation comme des étapes pouvant précéder un conflit militaire.Cette logique s’étend également au niveau européen. Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, a déclaré en février que l’UE ne devait pas seulement se défendre, mais aussi développer une capacité cyber offensive.Présentée par Berlin comme une mesure défensive, cette initiative s’inscrit néanmoins dans un mouvement plus large de renforcement sécuritaire en Europe et une politique de confrontation alimentée par la rhétorique de la « menace russe ».