Le Sénégal poursuit ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) dans un contexte de fortes tensions sur ses finances publiques. Alors qu’une mission technique du Fonds a débuté le 15 juin dans la capitale sénégalaise, de nombreux investisseurs considèrent désormais qu’une restructuration de la dette du pays est devenue quasiment inévitable.Selon deux sources proches du dossier citées par Reuters, aucune avancée majeure n’est attendue à l’issue de cette visite. Dakar et le FMI restent en désaccord sur la manière de traiter un endettement qui a fermé au pays l’accès aux marchés internationaux, obligeant les autorités à recourir à des emprunts régionaux à court terme pour assurer leurs besoins de financement.La crise remonte à 2024, lorsque le nouveau pouvoir sénégalais avait révélé que le précédent gouvernement avait sous-estimé le niveau réel de l’endettement public. Cette découverte avait conduit le FMI à suspendre son programme d’aide de 1,8 milliard de dollars, tandis que les négociations sur un nouveau dispositif financier se sont prolongées dans un contexte politique agité.Le récent départ du Premier ministre Ousmane Sonko, farouche opposant à toute restructuration de la dette qu’il qualifiait de « honte », a été interprété par plusieurs investisseurs comme un changement susceptible de faciliter une révision de la stratégie financière du pays.Selon plusieurs gestionnaires de fonds, les autorités sénégalaises explorent désormais la possibilité d’obtenir des garanties auprès d’institutions financières de développement ou de banques multilatérales afin d’accéder à des financements moins coûteux et d’éviter un défaut de paiement.Une restructuration inévitable !« Il ne s’agit plus de savoir si une restructuration aura lieu, mais plutôt de déterminer quand elle interviendra », estime Élina Théodorakopoulou, de Manulife Investment Management. Chez Gramercy, Kathryn Exum considère également qu’un défaut de paiement fait partie du scénario central, tout en soulignant que Dakar semble privilégier, pour l’heure, une stratégie visant à gagner du temps.D’après S&P Global Ratings, le montant de la dette qui n’avait pas été correctement déclaré atteignait environ 13 milliards de dollars à la mi-2024, soit près du quart du produit intérieur brut du pays, estimé à 40 milliards de dollars.Les discussions avec le FMI achoppent notamment sur les perspectives de croissance, les objectifs de recettes et le rythme de l’assainissement budgétaire. Les sources interrogées indiquent qu’aucune décision définitive n’a encore été prise par le gouvernement sur sa stratégie d’endettement et qu’aucun accord n’est attendu à l’issue de la mission actuelle.Sur les marchés, les obligations internationales du Sénégal s’échangent à des niveaux fortement dépréciés, entre 52 et 58 cents pour un dollar de valeur nominale, signe de la défiance croissante des investisseurs. Bien que le pays ait honoré plus de 90 millions de dollars de paiements sur ses euro-obligations au début du mois, plusieurs analystes estiment qu’un retour à des financements concessionnels adossés à un programme du FMI sera indispensable pour assurer la stabilité financière du pays à moyen terme.