À la veille de la signature formelle du mémorandum d’entente entre l’Iran et les États-Unis prévue en Suisse, Mohammad Bagher Ghalibaf a défendu une lecture claire de l’accord. Pour le responsable iranien, le document ne traduit pas un compromis imposé à Téhéran, mais l’aboutissement d’une stratégie fondée sur la puissance militaire, la cohésion intérieure et la négociation.Lors d’un entretien télévisé, Ghalibaf a affirmé que « tout ce que nous voulions obtenir par la force et les frappes, nous l’avons obtenu par les négociations dans des proportions incomparablement plus importantes ». Selon lui, la capacité militaire iranienne a créé les conditions d’un rapport de force permettant ensuite d’obtenir des résultats politiques concrets.Dans cet entretien, cette approche est présentée comme une « diplomatie de la force ». Ghalibaf y explique qu’il ne considère pas les négociations comme un signe de recul, mais comme « une méthode de lutte ». Il établit ainsi une différence avec les précédentes séquences diplomatiques, notamment l’accord nucléaire de 2015, en affirmant que les discussions actuelles ont été conduites depuis une position plus solide.Le dossier libanais et la logique d’« action contre action »Cette logique s’applique aussi aux dossiers régionaux abordés dans les discussions. Selon les déclarations de Ghalibaf, les échanges entre Téhéran et Washington n’ont pas seulement porté sur leurs relations bilatérales, mais également sur la situation au Liban. Le responsable iranien a affirmé que l’objectif était d’obtenir l’arrêt des frappes et le retour de la sécurité pour les populations concernées.Il a également souligné que la pression diplomatique s’était accompagnée du maintien d’une capacité de réponse militaire. Dans cette lecture, la négociation n’a donc pas remplacé la force : elle s’est appuyée sur elle pour transformer les acquis du terrain en résultats politiques.Dans une autre déclaration, Ghalibaf a présenté le futur accord comme un revers stratégique pour Washington. « Cet accord acte l’échec des États-Unis. Les gens le verront et tireront leurs propres conclusions », a-t-il déclaré à la télévision d’État iranienne après la publication du texte par les deux parties.Le responsable iranien a aussi insisté sur le principe central du mémorandum, qu’il résume par la formule « action contre action ». Chaque engagement pris par Téhéran dépendra, selon lui, de l’exécution des engagements américains. Il a notamment cité le point 13 du document pour affirmer que si Washington ne respecte pas ses obligations, l’Iran ne mettra pas en œuvre les siennes.Ormuz, sanctions et garanties iraniennesToujours selon les informations diffusées par le ministère iranien des Affaires étrangères, le texte comprend quatorze points et ouvre une nouvelle phase de négociation en vue d’un accord plus large. Les sujets évoqués incluent la levée progressive de certaines sanctions économiques, l’accès à des fonds iraniens gelés, la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, ainsi que des discussions techniques autour du programme nucléaire iranien sous supervision de l’AIEA.Sur le détroit d’Ormuz, Ghalibaf a toutefois prévenu que la situation ne reviendrait pas simplement aux conditions d’avant-guerre. Il a affirmé que l’Iran entendait préserver ses droits souverains sur cette voie stratégique et mettre en place un cadre de gestion conforme à ses intérêts.Au-delà du texte lui-même, Ghalibaf a enfin souligné qu’aucun accord international ne pouvait remplacer les garanties internes du pays. Selon lui, la principale assurance de l’Iran reste « la puissance nationale » et l’unité de la société. Dans cette perspective, Téhéran présente le mémorandum non comme une concession, mais comme la traduction politique de l’échec de la pression américaine et d’un rapport de force construit sur le terrain.