Fatigue informationnelle - Quand fuir l'actu n'est pas une faiblesse

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Je ne lis pas les médias d'actu, et je ne vais quasiment plus sur les réseaux sociaux. Pas par flemme, mais parce qu'à force, je ne voyais plus le monde QUE par le prisme des mauvaises nouvelles et de la négativité (sans parler de la connerie humaine omniprésente mais ça c'est un autre sujet... lol).Et il se trouve qu'un psychologue de l'université Wilfrid Laurier, Ali Jasemi, vient justement de mettre un peu de science sur ce ras-le-bol que je ressens depuis longtemps. Car si je sature, c'est pas uniquement à cause des drames relayés par BFM ou France Info.Il y a aussi toutes ces anecdotes sans intérêt mais négatives au possible, ces vidéos d'agression, ces grosses ou petites injustices, cette haine, ces attaques et tout ce qu'on voit à longueur de journée sur nos réseaux sociaux et qui est imaginé, fabriqué et poussé pour nous faire réagir, nous indigner et faire du clic. Et j'avoue qu'au-delà d'un certain stade, ça devient trèèès compliqué à gérer émotionnellement.Je suis aussi convaincu qu'au bout d'un moment, soit on s'écroule, soit on se retrouve totalement immunisée à la souffrance des autres ou de la nature.En me coupant de toute cette merde, j'ai surtout remarqué qu'une information vraiment importante finira toujours par arriver jusqu'à moi. Et si personne autour de moi n'en parle, c'est probablement que ce n'était que du bruit. Comme ça, j'évite la quasi-totalité des faits divers, et bizarrement je me porte plutôt bien.Et d'après ce qu'explique Jasemi, je ne suis apparemment pas le seul à pratiquer ça puisque les nouvelles générations se débranchent également de plus en plus de l'actualité. Dans son analyse paru surThe Conversation, il explique que la fatigue informationnelle, ce n'est ni de la paresse, ni de la faiblesse, et encore moins un désintérêt des nouvelles générations. C'est, je cite, "la réaction prévisible d'un cerveau humain confronté à un environnement pour lequel il n'a jamais été conçu".Car le truc, c'est que notre cerveau est précisément câblé pour ça. Pendant des centaines de milliers d'années, le cerveau qui prêtait attention aux menaces, c'était celui qui survivait. Un prédateur planqué dans les fourrés comptait davantage qu'un joli coucher de soleil, sauf qu'aujourd'hui, ce vieux réflexe se fait exploiter à la chaîne par les pro de l'économie de l'attention.Une étude parue dans Nature Human Behaviour a passé au crible plus de 105 000 titres d'articles, et le résultat est sans appel puisque chaque mot négatif ajouté dans un titre fait grimper le taux de clic d'environ 2,3%. Et les mots positifs, eux, font l'inverse, ils font fuir le lecteur. Donc autant vous dire que tout ce flux de news génère pas mal de "plaisir" pour nos cerveaux déjà bien ramollis et torturés, et qu'on glisse très vite dans cette espèce de transe du scroll infini de la mauvaise nouvelle.Aujourd'hui, c'est 40% des gens dans le monde qui évitent activement les infos, au moins de temps en temps, contre moins de 30% à la fin des années 2010. Chez les plus accros, ceux que les chercheurs classent en consommation problématique, ce qui représente 16,5% des adultes américains quand même, 61% déclarent se sentir physiquement mal, contre 6% chez les autres.Et ce n'est pas la première fois queles études tirent la sonnette d'alarmesur notre rapport aux écrans. Il y a vraiment un côté fascination pour les contenus de merde, les contenus violents, dégradants et j'en passe. C'est un problème, même si c'est profondément humain. Et comme pour toutes les addictions, il y a un moment où ça bascule, où c'est elle qui prend les commandes et où vous n'êtes plus celui qui décide.Après, je ne vais pas vous mentir, se couper totalement de l'info et des sources fiables, ça a un revers chez certaines personnes. En effet, ça peut laisser le champ libre à ladésinformationsi on ne prend pas soin de choisir ses sources et surtout de les croiser. Les escrocs de la fake news sont nombreux et il est facile de se faire berner quand on n'a pas l'habitude.C'est humain, et il faut lutter contre ça, même si j'ai un peu l'impression qu'il n'y a pas grand monde qui lutte en ce moment...Alors si vous saturez vous aussi, sachez que vous n'êtes ni faible ni paresseux. Coupez le robinet, gardez deux ou trois sources que vous avez choisies, et faites confiance au reste... L'important finira toujours par vous trouver.Source :ScienceDaily