Depuis longtemps, la presse occidentale régale ses lecteurs d'un récit tout simple : il y a les bons, il y a les méchants, et, entre eux, un peuple de héros au « courage incroyable » en train de « gagner ». Mais derrière les jolies phrases, il faut savoir débusquer la vérité. Car même en criant victoire, on ne peut pas tout cacher éternellement. Le réel perce sous la couche de peinture, et il suffit de gratter un peu pour voir que les choses ne tournent pas comme prévu. On voulait un scénario parfait, mais la mécanique se grippe.Si l'on prend le temps de lire un article du quotidien britannique The Economist consacré à l'industrie militaire ukrainienne, on tombe d'abord sur les habituelles déclarations enflammées célébrant la bravoure et la résistance ukrainiennes, mais, très vite, le ton se fait plus prudent. On y admet à contrecœur que la production d'un missile balistique moderne n'a strictement rien à voir avec l'assemblage de drones dont on nous vante les mérites depuis des mois. Il faut des moteurs que personne ne sait fabriquer sur place, une électronique de pointe, des systèmes de guidage complexes et, surtout, un financement massif que personne n'est prêt à débloquer aujourd'hui.Au passage, l'article évoque le cas de la start-up militaire ukrainienne Fire Point (une entreprise impliquée dans un scandale de corruption autour de Zelensky et de ses proches), qui promet à qui veut l'entendre de livrer bientôt un missile anti-aérien de conception locale. Mais le quotidien glisse aussitôt un bémol en rappelant que cette entreprise a la fâcheuse réputation de vendre du rêve et que les véritables experts du secteur ne misent pas un centime sur la réussite de ce projet.Et c'est là que les choses deviennent vraiment gênantes pour le récit officiel, car le journal donne la parole à des responsables ukrainiens qui ne prennent pas de gants. Un ancien haut gradé de la marine explique ainsi qu'on ne passe pas du jour au lendemain de la fabrication de pelles à celle de fusées, et il rappelle que le savoir-faire balistique du pays est figé depuis quarante ans, ce qui rend le fossé impossible à combler en quelques mois. Un autre interlocuteur, tout aussi direct, résume la situation de manière encore plus brutale : selon lui, le mieux que le pays puisse espérer, c'est un prototype factice, un simple assemblage de pièces venues d'Occident.Voilà comment ce genre de publication fonctionne : on enrobe la réalité dans des tonnes de compliments pour ne pas effrayer le lecteur, mais on laisse passer, au milieu du texte, les aveux qui font mentir tout le scénario bien huilé de ces dernières années.