À Nairobi, Bola Tinubu plaide pour une intégration économique africaine renforcée

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Lors de son intervention au sommet Afrique-France, coorganisé par le président français Emmanuel Macron et son homologue kényan William Ruto, le président nigérian Bola Tinubu, arrivé le 11 mai à Nairobi, a évoqué plusieurs dossiers s’inscrivant dans le cadre du renforcement de l’intégration économique du continent africain. De l’économie bleue à la migration irrégulière, en passant par les réformes financières internationales, il a passé en revue aussi bien les opportunités que les failles liées au développement du continent.Passer de « l'aveuglement face à la mer » à la « souveraineté océanique »Bola Tinubu a mis en exergue le potentiel de l’économie maritime de son pays, qu’il considère comme une pierre angulaire du développement du continent africain. Pointant l'insécurité et l'incertitude qui ont longtemps entravé les opportunités d'investissement dans le secteur maritime et, plus largement, dans les activités économiques liées à l'océan, le président nigérian a réaffirmé l’engagement de son pays à intensifier « la coordination régionale en proposant l’infrastructure de renseignement maritime de notre projet Deep Blue comme plateforme de données partagée pour les États du golfe de Guinée qui le souhaitent ».Appelant à harmoniser et à appliquer sans faille les lois maritimes, il a souligné que des voies maritimes sécurisées, une réglementation prévisible et des tribunaux fonctionnels sont indispensables pour débloquer les investissements privés dans l'économie maritime africaine. L'Afrique doit passer de « l'aveuglement face à la mer » à la « souveraineté océanique », a martelé Bola Tinubu, qui considère les océans entourant l’Afrique comme un patrimoine commun nécessitant une protection collective, des institutions plus fortes, des cadres juridiques solides, une solidarité régionale et des mécanismes coordonnés de sécurité maritime.Réformer une architecture financière mondiale inégalitaireLe Nigeria a constamment averti que l'architecture financière mondiale actuelle risquait de devenir obsolète si elle ne parvenait pas à corriger les inégalités, a déclaré le président nigérian. Selon lui, ces déséquilibres affectent lourdement les pays en développement, notamment les économies africaines cherchant à accélérer leur industrialisation et à gagner en compétitivité à l’échelle mondiale.Rappelant que la part de l’Afrique dans la production manufacturière mondiale reste inférieure à 2 %, Bola Tinubu a attribué cette faiblesse aux contraintes politiques, aux flux financiers illicites et au manque d’accès à des financements industriels abordables. Il a également dénoncé des coûts d'emprunt « punitifs » pour les économies africaines.Le président nigérian a souligné que son pays devrait consacrer près de 11,6 milliards de dollars au service de la dette en 2026, une charge qui limite fortement les investissements dans l’industrialisation et les secteurs essentiels du développement.« Comment un fabricant africain peut-il rivaliser avec ses concurrents européens, asiatiques ou nord-américains alors que les coûts d'emprunt en Afrique sont cinq à dix fois plus élevés ? », s’est interrogé Bola Tinubu, ajoutant que son pays ne recherchait pas la charité, mais un système financier plus équitable permettant aux économies africaines de transformer leurs matières premières et de concurrencer efficacement les marchés mondiaux.S’attaquer aux causes profondes de la migration irrégulièreAbordant la question migratoire, Bola Tinubu a exhorté les gouvernements africains et leurs partenaires au développement à investir davantage dans les infrastructures, l’agriculture, le numérique et l’énergie afin de créer des emplois durables pour les jeunes Africains.Le président nigérian a également appelé à orienter une partie de l’aide publique au développement vers des programmes capables de réduire le désespoir poussant de nombreux migrants vers des routes migratoires dangereuses.Le président français Emmanuel Macron avait pour sa part plaidé pour une restructuration des relations économiques et politiques avec l’Afrique sur la base d’un partenariat « égalitaire » et d’une coopération « équitable ». Ce discours a toutefois suscité des critiques dénonçant un changement de vocabulaire masquant la persistance de réflexes paternalistes et condescendants dans les relations franco-africaines. Une maladresse survenue lors d’une table ronde culturelle à l’université de Nairobi, où Emmanuel Macron a recadré l’assistance, lui a notamment valu le surnom moqueur de « Tintin au Kenya ».