Le président de l’Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, effectue ce 15 septembre sa première visite officielle en Allemagne depuis sa prise de fonctions. À Berlin, il a rencontré le chancelier Friedrich Merz ainsi que le vice-chancelier et ministre des Finances Lars Klingbeil. Les échanges ont porté sur la croissance, la compétitivité, la coordination budgétaire et l’intégration financière de la zone euro.La visite survient alors que l’économie allemande reste en difficulté. Après deux années de récession en 2023 et 2024, la croissance n’a atteint que 0,2 % en 2025 et le gouvernement ne prévoit qu’une progression de 0,5 % en 2026. L’industrie allemande continue notamment de subir le coût élevé de l’énergie, la concurrence chinoise et un déficit persistant d’investissement.Cette faiblesse donne un relief particulier au déplacement de Pierrakakis. Longtemps associée à la crise de la dette et aux plans d’austérité, la Grèce affiche désormais des indicateurs économiques et budgétaires nettement plus favorables. Un changement de situation qui ne passe pas inaperçu en Allemagne.Quand Berlin demande conseil à AthènesLe contraste apparaît clairement dans un entretien accordé par Pierrakakis au quotidien économique allemand Handelsblatt. Interrogé sur les conseils qu’il pourrait donner à Lars Klingbeil, le responsable grec préfère d’abord rester prudent. Le journaliste insiste alors : « Allez-y, je vous écoute ! L’Allemagne aurait bien besoin d’un peu d’inspiration. »Pierrakakis préfère rappeler les résultats obtenus par son pays. « Nous avons pu surmonter une décennie de difficultés », explique-t-il. Il met en avant la baisse du chômage, les excédents budgétaires primaires et une croissance grecque deux fois supérieure à la moyenne de la zone euro.La scène contraste fortement avec les années 2011-2012. À l’époque, l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble figurait parmi les principaux défenseurs des programmes d’austérité négociés avec la Commission européenne, la BCE et le FMI en échange de l’aide financière accordée à Athènes. La Grèce avait dû réduire les retraites et les salaires publics, augmenter les impôts, engager des privatisations et réformer son marché du travail.Le prix économique et social avait été considérable. L’économie grecque avait perdu environ un quart de sa richesse et le chômage avait approché 27 %. Depuis, la situation s’est nettement redressée. En 2025, la Grèce a enregistré un excédent public de 1,7 % du PIB, tandis que sa dette est retombée à 143,5 % du PIB au premier trimestre 2026, après avoir dépassé 200 % au plus fort de la crise sanitaire.L’Europe face à ses propres fragilitésPierrakakis se garde néanmoins de présenter l’expérience grecque comme une recette à reproduire à l’identique.« Les économies seules ne suffisent pas », souligne-t-il. Il insiste également sur les investissements dans la productivité, l’énergie, la numérisation et la défense.Après sa rencontre avec Lars Klingbeil, le président de l’Eurogroupe a élargi son propos aux difficultés qui pèsent sur l’économie européenne. Il a notamment cité le conflit en Ukraine, la situation au Moyen-Orient, le niveau élevé des prix de l’énergie et les pressions inflationnistes qui continuent d’affecter les entreprises et les ménages.Dans ce contexte, Pierrakakis estime que les économies européennes doivent être moins vulnérables aux chocs extérieurs tout en conservant des finances publiques soutenables. Son argument s’appuie sur l’expérience grecque : les réformes peuvent être douloureuses au départ, affirme-t-il, mais finissent par produire des résultats économiques, politiques et sociaux.Quinze ans après les années d’austérité, le renversement est difficile à ignorer. L’Allemagne, qui incarnait autrefois la discipline économique au sein de l’Europe, cherche désormais à relancer une industrie fragilisée et une croissance presque à l’arrêt, tandis que l’expérience grecque s’invite dans le débat économique à Berlin.