Une note d’éclairage de 80 pages intitulée « France-Algérie : sortir de l’émotion », publiée en septembre par l’Institut Montaigne, revient sur plusieurs dimensions de la crise entre Alger et Paris. Sur le plan économique, elle fait notamment état de quelque 600 faillites d’entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie pendant la crise de 2025.Les auteurs de la note, Michel Duclos et Augustin Motte, soulignent que les relations économiques de la France avec l’Algérie sont moins développées qu’avec certains autres pays de la région. L’Algérie n’arrive ainsi qu’en troisième position parmi les partenaires de la France dans la région MENA, derrière le Maroc et les Émirats arabes unis.Du côté des entreprises, « 2 000 entreprises françaises opèrent au Maroc et autant en Tunisie ; le chiffre est quatre fois moins important en Algérie », relève la note. Quant aux échanges commerciaux entre la France et l’Algérie, leur volume s’élevait à 11 milliards d’euros en 2024. Les échanges de la France avec le Maroc et la Tunisie dépassaient ce niveau, « alors même que leurs sous-sols ne renferment que peu d’hydrocarbures », observent les auteurs.La note souligne néanmoins la solidité des échanges franco-algériens dans le secteur des hydrocarbures, qui représentent plus de la moitié du commerce bilatéral et près de 90 % des importations françaises en provenance d’Algérie. Une rupture des approvisionnements algériens à destination de la France n’aurait jamais été envisagée, « même dans les périodes de tension les plus aiguës », ce qui en ferait, selon les auteurs, « l’un des rares aspects “gagnant-gagnant” de la relation ».Méfiance à l’égard de la France et accès restreint aux marchés stratégiques algériensMalgré un portefeuille diversifié d’investissements français en Algérie, notamment dans les hydrocarbures, l’agroalimentaire, l’électricité et la santé, la note pointe une « méfiance à l’égard de la France particulièrement renforcée depuis 2019 ».Selon l’Institut Montaigne, cette évolution s’est traduite par « une restriction systématique de l’accès de la France aux marchés stratégiques algériens », notamment celui du blé. Jusqu’en 2019, entre 80 et 90 % des importations algériennes de blé provenaient de France ; cette part a ensuite fortement chuté.La France recule au profit de la Chine, de la Turquie et de l’ItalieLe recul de la présence française sur le marché algérien a bénéficié à d’autres partenaires, notamment la Chine, la Turquie et l’Italie. Cette dernière est présentée dans la note comme un « cas emblématique » : elle « n’a jamais manqué l’occasion de profiter des carences de la France dans sa relation avec l’Algérie ».Les auteurs soulignent toutefois une « relative résilience de la part de marché française ». Sur les quelque 5 000 entreprises françaises qui exportent vers l’Algérie, un tiers seulement y réalise plus du quart de son chiffre d’affaires.Ils mettent néanmoins en garde contre les conséquences économiques d’une aggravation des tensions diplomatiques. La note rappelle, à titre de comparaison, les pertes subies par des entreprises espagnoles lors de la crise entre Madrid et Alger, après le changement de position de l’Espagne sur le Sahara occidental.Les « quelque 600 faillites d’entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie pendant la crise de 2025 » témoigneraient, selon l’Institut Montaigne, de la réalité de ce risque.