États-Unis : vaste chasse à la taupe au Pentagone à coups de détecteur de mensonge

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Le Pentagone a lancé une vaste chasse aux fuites au sein de l’état-major interarmées américain, allant jusqu’à soumettre près de 50 militaires et employés civils à des tests au détecteur de mensonge. Une procédure décrite comme sans précédent dans l’histoire militaire américaine moderne.Selon des responsables informés de l’opération, les tests polygraphiques ont été menés en août auprès de membres de l’état-major, qui compte entre 1 500 et 2 000 officiers et responsables. Les enquêteurs leur ont notamment demandé s’ils avaient transmis à des journalistes des informations classifiées, ainsi que des renseignements concernant la diminution des stocks américains de munitions.Cette enquête intervient après une série d’articles de presse faisant état d'une diminution des réserves de munitions des États-Unis, notamment celles de missiles à longue portée et d'intercepteurs Patriot. Plusieurs médias ont également fait des révélations sur les conséquences de la guerre avec l’Iran sur les capacités militaires américaines.Une procédure jugée « sans précédent »L’ampleur de l’opération a surpris d’anciens responsables militaires. « Je n’ai jamais vu les polygraphes employés aussi largement ou à un niveau de responsabilité aussi élevé », a déclaré le contre-amiral à la retraite Donald J. Guter, ancien juge-avocat général de la Marine américaine. Selon lui, la démarche est « sans précédent ».Le Pentagone n’a pas confirmé directement le nombre de personnes soumises aux tests. Son porte-parole, Sean Parnell, a déclaré que le ministère ne commentait pas « les questions internes liées au personnel ou aux enquêtes », tout en soulignant qu’il prenait « extrêmement au sérieux » toute fuite d’informations classifiées relatives à la sécurité nationale.L’objectif de l'opération semble non seulement d'identifier les personnes susceptibles d’avoir communiqué avec la presse, mais aussi de dissuader d’éventuelles nouvelles fuites. Elle a lieu dans un climat de méfiance croissante au sein du Pentagone, alors que l’administration de Donald Trump cherche à contrôler davantage les informations relatives à la guerre avec l’Iran.Trump durcit le ton contre les fuitesLe président américain Donald Trump a fait pression sur les responsables de son administration pour intensifier la recherche des sources des fuites. Il est également allé jusqu’à qualifier de « traîtres » les auteurs d'articles critiquant la conduite de la guerre et révélant l’état supposé des stocks de munitions américains.Cette politique a contribué à renforcer les tensions au sein du Pentagone sous la direction du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth. Depuis son arrivée au poste, ce dernier s’est entouré d’un cercle restreint de collaborateurs et a écarté ou bloqué les promotions d’au moins 80 généraux, amiraux et autres responsables militaires, selon le New York Times.Le Pentagone mène par ailleurs, depuis le début de 2025, plusieurs enquêtes sur des fuites, notamment à la suite d’articles consacrés à la direction du ministère. Ces investigations se poursuivent alors que Pete Hegseth avait lui-même été critiqué pour avoir partagé des informations sensibles sur des frappes au Yémen dans un groupe de discussion sur l’application Signal.Les journalistes de plus en plus sous pressionLes relations entre le Pentagone et la presse se sont également fortement dégradées. Pete Hegseth n’a pas tenu de briefing devant les journalistes accrédités au Pentagone sur la guerre avec l’Iran depuis le 5 mai et a cherché à restreindre leur accès au ministère, une politique contestée en justice par The New York Times.Le mois dernier, le ministère de la Défense a également limogé l’éditeur et le rédacteur en chef de Stars and Stripes, média financé par le gouvernement américain et consacré aux forces armées. Les deux journalistes ont estimé que leur éviction constituait une mesure de représailles liée à leur couverture des conditions de plus en plus difficiles à bord de l’USS Abraham Lincoln.Donald Trump continue néanmoins de soutenir Pete Hegseth, affirmant que son secrétaire à la Défense accomplit un « travail fantastique ».Mais des critiques commencent désormais à émerger au sein même du camp républicain. Le sénateur Thom Tillis, membre de la commission des forces armées du Sénat, a récemment appelé publiquement Donald Trump à remplacer Hegseth, dénonçant ce qu’il considère comme une gestion particulièrement défaillante du Pentagone.