L’Europe ne serait pas en mesure aujourd'hui de soutenir une guerre d’usure prolongée avec la Russie, affirment plusieurs responsables de la défense travaillant avec l’OTAN. Selon un article du Guardian publié le 5 septembre, les planificateurs militaires s’inquiètent notamment du manque de préparation des pays européens et de leurs populations à l’éventualité d’un conflit de longue durée.Ces préoccupations ont été exprimées lors d’un forum organisé par la Conférence de Munich sur la sécurité et consacré à l’avenir de la coordination militaire en Europe. Selon les responsables interrogés, les difficultés ne concernent pas seulement les moyens militaires disponibles. Les gouvernements européens pourraient également peiner à maintenir le soutien de leurs opinions publiques face aux conséquences économiques et sociales qu’impliquerait une confrontation prolongée.Cette situation conduit certains planificateurs de l’Alliance à privilégier dans leurs scénarios l’hypothèse d’un conflit relativement rapide plutôt que celle d’une longue guerre d’usure.Le recul américain accentue les fragilités européennesLes inquiétudes sont renforcées par la perspective d’une réduction du rôle des États-Unis dans la défense conventionnelle de l’Europe. Selon The Guardian, des décisions concernant le déploiement des forces américaines sont attendues dans les prochains mois et pourraient contraindre les Européens à prendre en charge une part bien plus importante de leur propre dispositif militaire.Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Pologne cherchent dans ce contexte à renforcer leur coordination. Leur niveau de préparation reste toutefois jugé insuffisant pour soutenir un éventuel conflit prolongé avec la Russie. Les cinq pays travaillent notamment sur la défense aérienne et antimissile, les frappes de précision à longue portée et les systèmes d’alerte spatiale, des capacités pour lesquelles l’Europe reste encore largement dépendante des États-Unis.Wolfgang Ischinger, président de la Conférence de Munich sur la sécurité, estime ainsi que l’Europe « stagne » alors même que plusieurs gouvernements européens appellent à accélérer le renforcement militaire du continent.Le réarmement se heurte aux réalités politiques et socialesLa politique de réarmement européenne se heurte également à des difficultés intérieures. La progression de partis populistes, dont plusieurs demandent la fin du conflit en Ukraine, pourrait compliquer les projets de coopération militaire et la recherche d’un consensus autour d’une hausse durable des dépenses de défense.Les gouvernements pourraient en outre être amenés à demander à leurs électeurs d’accepter une réduction de certaines dépenses sociales afin de dégager davantage de moyens pour les budgets militaires, une perspective susceptible d’alimenter davantage les divisions au sein des sociétés européennes.Les participants au forum ont parallèlement évoqué les supposées activités russes « hybrides » dans les domaines de l’information, des réseaux sociaux et du cyberespace. Ces accusations s’inscrivent dans le discours des responsables européens qui présentent la Russie comme une menace pour le continent sans pour autant posséder de preuves confirmant leurs propos.Moscou rejette cette lecture et affirme ne préparer aucune attaque contre les pays de l’OTAN. Vladimir Poutine a qualifié les déclarations sur une possible guerre avec l’Alliance de « mensonge », soulignant que la Russie n’avait aucune raison géopolitique, économique ou militaire d’engager un tel conflit. Les autorités russes estiment au contraire que l’accélération du réarmement européen et l’intensification des activités militaires de l’OTAN contribuent à nourrir les tensions et à éloigner la perspective d’une désescalade sur le continent.