Le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAP) ont annoncé, le 4 novembre, avoir achevé leur enquête sur l’affaire « Midas ». Les investigations portent sur une organisation soupçonnée d’avoir instauré un système de commissions illégales au sein de plusieurs entreprises publiques stratégiques du secteur énergétique ukrainien.Au cœur du dispositif figure Energoatom, l’entreprise publique chargée de l’exploitation des centrales nucléaires du pays. Selon le NABU, les membres du réseau exigeaient des fournisseurs et sous-traitants des commissions représentant 10 à 15 % de la valeur de leurs contrats. Les entreprises qui refusaient de payer s’exposaient à des retards de paiement, voire à la rupture de leurs relations commerciales. Ce mécanisme de pression était surnommé « Shlagbaum », soit « barrière » en russe.L’enquête a également révélé l’existence d’un dispositif destiné à blanchir les fonds ainsi collectés. Les sommes transitaient par un bureau distinct, tandis que des cryptomonnaies, des titres financiers et un fonds d’investissement étranger étaient utilisés pour en dissimuler l’origine. Selon les enquêteurs, plus de 111 millions de dollars et 12 millions d’euros en espèces auraient été acheminés vers cette structure entre 2020 et 2025.Un scandale qui atteint les cercles proches du pouvoir à KievRévélée en novembre 2025 lors d’une vaste opération anticorruption, l’affaire a mis en cause plusieurs personnalités de l’entourage de Volodymyr Zelensky. Parmi les principaux suspects figure Timour Minditch, homme d’affaires proche du dirigeant ukrainien et copropriétaire du studio de production Kvartal 95. Présenté par les enquêteurs comme l’un des organisateurs présumés du réseau, il avait quitté l’Ukraine quelques heures avant le début des perquisitions.Le dossier met également en cause l’ancien ministre de l’Énergie et de la Justice Guerman Galouchtchenko, ainsi que l’ancien vice-Premier ministre Alexeï Tchernychov. Plusieurs responsables liés à Energoatom et au ministère de l’Énergie figurent aussi parmi les suspects.Les révélations avaient provoqué une importante crise politique à Kiev, entraînant le départ de plusieurs ministres et le limogeage d’Andreï Ermak, ancien chef de l’administration présidentielle et proche collaborateur de Zelensky, lui-même mis en cause dans une affaire de blanchiment d’argent.Les autorités anticorruptions ukrainiennes ont par ailleurs annoncé avoir engagé des démarches pour saisir les avoirs liés au réseau, en Ukraine comme à l’étranger. Malgré l’ampleur des sommes en jeu et les répercussions politiques du scandale, aucune condamnation définitive n’a encore été prononcée dans le dossier principal.