Le Maroc refuse d’être le seul rempart contre la migration clandestine vers l’Espagne et appelle Madrid à coopérer davantage

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Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Wahbi, a déclaré ce 22 août que le Maroc ne pouvait pas empêcher à lui seul les migrants clandestins de rejoindre l’Espagne tant que Madrid continuait de les accepter sur son territoire. « Nous ne pouvons pas retenir les migrants tant que l’Espagne les accepte », a-t-il affirmé dans un entretien accordé le même jour à la chaîne Al-Arabiya.Ces propos interviennent après la crise survenue à la fin juillet à Ceuta, ville autonome sous administration espagnole située sur la côte nord-africaine et frontalière du Maroc. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, environ 72 000 personnes ont alors franchi la frontière depuis le territoire marocain, par voie terrestre ou maritime.Le ministre marocain a également prévenu que son pays n’accepterait pas de devenir « un centre de rétention des migrants se dirigeant vers l’Europe ». Il a rappelé que les autorités marocaines poursuivaient leurs opérations contre les réseaux clandestins, la contrebande et la traite des êtres humains, tout en soulignant que la gestion de la migration ne pouvait reposer uniquement sur Rabat et nécessitait une coopération plus large entre les pays concernés.Ceuta au cœur de la crise migratoireAu 11 août, les autorités locales de Ceuta estimaient qu’environ 10 000 migrants se trouvaient encore dans la ville. Des données gouvernementales espagnoles communiquées ultérieurement faisaient état de près de 70 000 retours vers le Maroc. Ces chiffres ont été établis à des moments différents de la crise et témoignent de l’ampleur des mouvements enregistrés à cette frontière.La question des migrants décédés constitue également un point de désaccord entre Rabat et Madrid. Abdellatif Wahbi a reproché aux autorités espagnoles de ne pas communiquer au Maroc le nombre exact de victimes. Il a aussi estimé que l’Espagne ne pouvait pas transférer vers le royaume des corps qui n’avaient pas été préalablement identifiés.Pour les autorités marocaines, ces difficultés illustrent la nécessité d’une responsabilité partagée dans la gestion d’une route migratoire dont la destination reste avant tout le territoire espagnol et, plus largement, européen.Le différend sur Ceuta et Melilla refait surfaceLa crise migratoire ravive par ailleurs l’ancien différend entre Rabat et Madrid autour de Ceuta et Melilla. Le Maroc revendique les deux villes depuis son indépendance en 1956, tandis que l’Espagne affirme qu’elles font pleinement partie de son territoire souverain.Wahbi a indiqué que Rabat entendait maintenir ce dossier à l’ordre du jour de ses relations avec Madrid. Il a proposé la mise en place d’un mécanisme bilatéral pour discuter de l’avenir des deux villes, en invoquant les « droits historiques et géographiques » du Maroc.Madrid a rejeté ces revendications et réaffirmé sa souveraineté sur Ceuta et Melilla. Rabat maintient toutefois que le Maroc ne peut être réduit au rôle de barrière migratoire aux portes de l’Europe et réclame une responsabilité davantage partagée avec l’Espagne, tant sur la gestion des flux que sur leurs conséquences.