La guerre contre l’Iran pousse les monarchies du Golfe à repenser leur sécurité. À New York, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, a appelé à créer un cadre régional associant les États du Golfe et Téhéran.« Nous devons avoir de bonnes relations avec l’Iran », a-t-il déclaré, estimant qu’aucun système durable ne peut fonctionner si les deux rives du Golfe continuent de se percevoir comme une menace.Le constat est d’abord géographique : l’Iran restera le voisin immédiat des monarchies arabes. Pour Doha, la guerre constitue donc un « signal d’alarme ».Les frappes iraniennes, la perturbation d’Ormuz et la reprise des attaques houthies contre l’Arabie saoudite ont rappelé la vulnérabilité des économies du Golfe, très dépendantes des infrastructures énergétiques et des routes maritimes.Vers une interdépendance des économiesL’idée n’est pas de remplacer les partenariats militaires avec Washington. Les États du Golfe restent étroitement liés aux États-Unis. Mais plusieurs capitales cherchent à compléter cette protection par des échanges directs avec Téhéran. Selon le Financial Times, l’Arabie saoudite défend notamment l’idée d’un pacte régional de non-agression, tandis que les Émirats plaident eux aussi pour un dialogue irano-arabe.Le Qatar veut aller plus loin. Doha défend une interdépendance économique entre l’Iran et ses voisins : multiplier les intérêts communs rendrait une confrontation plus coûteuse pour chacun. Cette architecture devrait aussi comporter des garanties empêchant qu’un État du Golfe soit attaqué lors d’un futur affrontement impliquant l’Iran.Cette réflexion survient alors que le Qatar tente parallèlement de relancer les discussions entre Washington et Téhéran. Elle traduit une évolution stratégique : après des décennies durant lesquelles la sécurité du Golfe reposait largement sur la puissance américaine, les monarchies cherchent à développer leurs propres mécanismes régionaux de désescalade, sans rompre avec les États-Unis.