Frappes antidrogue américaines : l’ONU évoque de possibles crimes contre l’humanité

Wait 5 sec.

Depuis un an, l’armée américaine mène, dans les Caraïbes et le Pacifique, une campagne militaire d’un genre inédit contre des embarcations soupçonnées de participer au trafic de drogue. Dans un rapport publié le 21 septembre, Ben Saul, rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection des droits de l’homme dans la lutte antiterroriste, estime qu’il existe des « motifs raisonnables » de considérer que ces frappes pourraient constituer des crimes contre l’humanité.Entre septembre 2025 et août 2026, son rapport recense 68 attaques et au moins 223 morts. Depuis, de nouvelles frappes ont encore été annoncées par Washington. L’administration Trump présente ces opérations comme de la légitime défense contre des organisations qualifiées de « narcoterroristes » et affirme être engagée dans un conflit armé avec certains cartels latino-américains.Une justification contestéeC’est précisément cette justification que conteste l’expert de l’ONU. Selon lui, le trafic de drogue ne constitue pas une « attaque armée » autorisant les États-Unis à employer la force militaire. Il souligne également que les personnes visées ne représentaient pas de menace imminente pour les militaires américains et que d’autres moyens existaient : intercepter les bateaux, arrêter leurs occupants et les poursuivre devant la justice.Le rapport va plus loin. Ben Saul considère que le caractère répété et organisé des frappes pourrait répondre aux critères du meurtre en tant que crime contre l’humanité. Il réclame des enquêtes et des poursuites contre les responsables d’éventuelles attaques illégales. Il s’agit toutefois de l’analyse d’un expert indépendant mandaté par l’ONU, et non d’un jugement d’une juridiction internationale.Washington défend une campagne destinée à réduire l’arrivée de stupéfiants aux États-Unis. Mais le rapport affirme qu’aucune diminution mesurable du trafic de cocaïne n’a jusqu’ici été constatée. Il rappelle aussi que le fentanyl, au cœur de la crise américaine des opioïdes, n’emprunte généralement pas ces routes maritimes depuis le Venezuela.