À Gaza, suivre la Coupe du monde est devenu un réel défi

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À Gaza, la Coupe du monde n’est plus un événement global vécu en simultané, mais une expérience disloquée, dépendante des contraintes imposées par les raids israéliens et le blocus humanitaire. Le football, qui constituait auparavant un espace social structurant, se retrouve aujourd’hui soumis aux logiques de survie, aux coupures d’électricité et à la désagrégation des infrastructures de base.Assis devant sa tente au stade Yarmouk, Sameeh Totah, 43 ans, décrit une rupture nette avec le passé. « La situation est mauvaise, surtout les réseaux internet. Ils coupent sans arrêt », confie-t-il à Al Jazeera, rappelant qu’avant la guerre, les matchs rassemblaient familles et voisins dans une ambiance conviviale. Désormais déplacé, il explique que même la passion sportive s’est émoussée : « Parfois, je regarde les résumés alors que je connais déjà le résultat. Une fois le score connu, la joie disparaît. »Une échappatoire qui renvoie au chaos quotidienLe même constat est partagé par Yousef al-Nuaizi, 21 ans, également interrogé par Al Jazeera. Supporter de longue date, il décrit une expérience devenue épuisante : « Nos vies ont complètement changé. Il n’y a plus de produits de première nécessité. » Même regarder un match demande désormais des efforts importants, entre déplacements et recherche de lieux ouverts, souvent sans succès faute d’électricité.Au-delà de la question technique, l’enjeu est symbolique. Le football ne joue plus pleinement son rôle d’échappatoire ou de rituel collectif. Il devient un contenu consommé de manière fragmentée, sans continuité émotionnelle, ce qui réduit fortement sa capacité à produire de l’enthousiasme ou du lien social. Cette perte de synchronisation avec le monde extérieur reflète une forme d’isolement plus large.Par ailleurs, l’espace public traditionnel de la retransmission sportive a disparu ou s’est déplacé vers des structures précaires, souvent improvisées. Cette recomposition des lieux de sociabilité sportive traduit une adaptation permanente à l’instabilité, mais aussi une précarisation durable des pratiques culturelles.Même lorsque des espaces improvisés tentent de recréer une ambiance sportive, comme de petits cafés de fortune dans les camps, la guerre reste omniprésente. Un jeune organisateur interrogé par le média qatari résume cette contradiction : « Les gens viennent voir du football, mais nous, on le regarde en ayant peur. »