« Le collège unique a été instauré. Le redoublement a pratiquement disparu. Le baccalauréat est devenu un droit de l’homme », a résumé Alain Finkielkraut, dans un entretien au quotidien Le Figaro publié le 9 octobre. « Et la lutte contre les inégalités a conduit à accueillir les élèves plus faibles dans des classes plus avancées et, ensuite, à se régler sur leurs capacités pour ne laisser personne sur le bord de la route. Résultat : le niveau a dramatiquement chuté », a poursuivi auprès du quotidien l’académicien français.Renvoyant également à la publication récente des résultats de la dernière enquête Pisa, qui a confirmé l’affaissement continu du niveau des élèves français, Alain Finkielkraut voit dans ces évolutions les conséquences d’une politique éducative inspirée par les travaux des sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, notamment leurs ouvrages Les Héritiers et La Reproduction.Ces derniers avaient mis en évidence le poids de l’origine sociale dans la réussite scolaire et les limites d’une méritocratie qui tendrait à transformer les avantages hérités en mérites individuels. Mais, selon l’académicien, l’institution scolaire aurait tiré de cette critique des conclusions contre-productives.« La politique compassionnelle et réparatrice née de la lecture des Héritiers pénalise d’abord ceux à qui elle est censée tendre la main », estime-t-il, considérant que les familles les plus favorisées conservent la possibilité de compenser les lacunes de l’enseignement public par le recours au privé ou aux cours particuliers.Le Conseil constitutionnel « accélère la progression de l’illettrisme » en France« La reproduction sociale est assurée au moyen des dispositions prises pour y mettre fin », a-t-il poursuivi, dénonçant une politique qui aurait, à ses yeux, abaissé les exigences pour favoriser l’inclusion de tous les élèves. Il a notamment critiqué l’adaptation des enseignements aux capacités des élèves les plus faibles, au risque de tirer le niveau général vers le bas, et regretté que lorsque « des ministres de l’Éducation nationale cherchent à réintroduire un semblant d’exigence et de sélection, ils soient désavoués par leurs successeurs ».Pour l’académicien, la réponse à cette crise ne réside pas dans un allègement supplémentaire des exigences scolaires, mais au contraire dans leur réaffirmation. « Ce que les lycéens devraient exiger, c’est le retour des humanités et de l’histoire chronologique, c’est le renforcement de l’étude de la langue française, c’est du temps pour lire », préconise-t-il, fustigeant l’usage abusif des écrans par les jeunes.« L’autre jour, à la télévision, l’un d’entre eux, tout en réprouvant la violence, se plaignait d’avoir cours le samedi matin, ce qui empiétait sur ses week-ends », a-t-il relaté, fustigeant au passage La France insoumise qui à ses yeux « courtise les émeutiers en renchérissant sur leurs revendications ». « Et le Conseil constitutionnel, à la grande joie de la jeune génération, annule une loi interdisant l’usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans», a-t-il poursuivi, accusant les Sages d’« accélére[r] la progression de l’illettrisme dans notre pays ».