Une nouvelle vague d’attaques visant des personnes atteintes d’albinisme a plongé la communauté concernée dans la peur à Madagascar. Plusieurs incidents récents, dont la disparition d’un bébé de huit mois dans le sud du pays et le meurtre d’un enfant de 12 ans dans le nord-ouest, ont conduit à l’arrestation d’une dizaine de suspects, selon les autorités.Ces faits, survenus dans un contexte déjà marqué par d’autres crimes similaires, ravivent les inquiétudes des associations locales. « Nous avons constaté une recrudescence des attaques ces derniers mois dans le sud et dans l’ouest. C’est toute la communauté qui se sent menacée et traumatisée », déplore Josvah Maheny, vice-président de l’association Albinos Madagascar.Le militant évoque un climat d’« insécurité psychologique » qui touche les personnes atteintes d’albinisme et leurs familles, parfois confrontées à des comportements discriminatoires du quotidien, alimentés par la peur ou l’ignorance.Des pouvoirs surnaturels !Pour les défenseurs des droits humains, ces violences trouvent leur origine dans des croyances profondément enracinées dans certaines régions, attribuant des pouvoirs surnaturels aux personnes albinos. Selon l’avocate Olivia Rajerison, certaines rumeurs locales prêtent notamment à leurs organes ou à leurs yeux des vertus magiques censées apporter richesse ou protection.Ces croyances, combinées à la pauvreté et au manque d’éducation, nourrissent un phénomène de trafic et de violences particulièrement préoccupant, alertent les organisations locales.Face à cette situation, les acteurs associatifs estiment que la seule réponse judiciaire ne suffit pas. Ils plaident pour des campagnes de sensibilisation à grande échelle, notamment via les radios locales et en langues régionales, afin de déconstruire les idées reçues et rappeler que l’albinisme est une condition génétique et non un phénomène mystique.Bien qu’une loi visant à renforcer la protection des personnes atteintes d’albinisme ait été adoptée en 2025 par l’Assemblée nationale, sa promulgation a été bloquée par la Haute Cour constitutionnelle en raison d’incohérences juridiques, laissant un vide juridique que dénoncent les défenseurs des droits humains.