La justice kényane suspend le projet de centre de quarantaine américain pour cas suspects d’Ebola

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La Haute Cour kényane a suspendu un projet américain pour l’ouverture d’un centre de quarantaine pour les citoyens américains ayant été potentiellement exposés au virus Ebola. L’installation, destinée aux Américains, devait être créée sur la base aérienne de Laikipia. L’affaire a fait couler beaucoup d’encre dans le pays et a suscité des inquiétudes tant au sein de la population qu’auprès de la classe politique et du corps médical. La décision du tribunal est tombée à la suite d’une requête déposée par l'organisation de défense des droits humains, Katiba Institute, qui s’inquiétait des « risques graves et imminents » de l’accord pour la santé publique.  Le centre de quarantaine, d’une capacité d’accueil de 50 lits, devrait entrer en service ce 29 mai. Sa gestion devait être confiée à du personnel médical américain, selon un responsable américain.Les citoyens kényans inquiets et les députés exigent des clarifications du gouvernementFace au silence du gouvernement concernant cette affaire, les élus kényans ont demandé des clarifications sur cette affaire, ne voyant « aucune logique » à ce que le Kenya ou Laikipia accueillent l'établissement médical, rapporte la BBC.Du côté de l’opinion publique, les Kényans ont manifesté une vive inquiétude en ligne, se demandant si leur pays avait assez de moyens de confinement pour gérer ce genre d’installation et les risques sanitaires qui peuvent en découler.Interdiction d’installer un centre de quarantaine, d’isolement ou de traitement du virus EbolaUn responsable américain a déclaré que le choix s’est porté sur le Kenya à cause de sa proximité géographique avec les foyers de l’épidémie et « pour garantir que les Américains puissent être traités en temps opportun », rapporte la BBC. Le responsable a aussi fait savoir que « le premier groupe a été déployé. Ces personnes ont reçu une formation approfondie sur l’utilisation des EPI [équipements de protection individuelle] et sur les techniques de quarantaine appropriées », et a ajouté : « Nous serons prêts à prendre soin de nos citoyens selon leurs besoins ».Mais la justice kényane semble avoir un avis totalement différent sur cette question, dans la mesure où la Haute Cour a interdit aux agences et aux fonctionnaires gouvernementaux de « créer, mettre en œuvre, faciliter, approuver ou autoriser » tout centre de quarantaine, d'isolement ou de traitement lié à Ebola, dans le cadre d’un accord avec les États-Unis ou tout autre gouvernement étranger au Kenya. La juge Patricia Nyaundi a aussi interdit l’admission au Kenya de toute personne exposée ou infectée par Ebola dans le cadre du même dispositif.« Si c’est trop dangereux pour l’Amérique, c’est trop dangereux pour le Kenya »Le Syndicat des médecins, pharmaciens et dentistes du Kenya (KMPDU) a accusé le gouvernement de mener des « négociations secrètes », exigeant la publication des accords entre le Kenya et les États-Unis liés au plan d’installation d’un centre de quarantaine. Le KMPDU a dénoncé ce qu’il a décrit comme une volonté du gouvernement de compromettre la biosécurité nationale du Kenya en échange d'une aide étrangère, se disant « profondément dégoûté » par ces agissements.L’administration Trump a clairement déclaré qu’elle « ne peut et n'autorisera pas » l'entrée sur le territoire américain de patients atteints d'Ebola. Faisant référence à cette position, le syndicat a fustigé : « Si c’est trop dangereux pour l’Amérique, c’est trop dangereux pour le Kenya ». Le secrétaire général du KMPDU, Davji Bhimji Atellah, a affirmé que son syndicat « ne restera pas les bras croisés à regarder le Kenya être traité comme une colonie de confinement pour un pathogène mortel que nous n'avons pas engendré ». Le syndicat s’est également insurgé contre la gestion de l'établissement de quarantaine par des responsables américains plutôt que par des professionnels de santé kényans. « Nous ne tolérerons pas un modèle de soins de santé de type apartheid sur le sol kényan », a martelé le KMPDU.Pour rappel, cette affaire survient à un moment où les autorités sanitaires font face à une épidémie d'Ebola croissante en République démocratique du Congo. Le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), Jean Kaseya, a déclaré le 27 mai que 1 077 cas suspects et 246 décès probables avaient été recensés depuis le 15 mai, date à laquelle le pays a déclaré sa 17ᵉ épidémie d'Ebola. L’actuelle épidémie, due à la souche Bundibugyo du virus, suscite l'inquiétude dans toute la région, car il n'existe actuellement aucun vaccin homologué ni traitement ciblé.La première lueur d’espoir est survenue ce 29 mai lorsque l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé la première guérison confirmée. Son responsable technique, Anaïs Legand, a indiqué qu'un patient testé positif à Ebola avait guéri et était sorti de l'hôpital le 27 mai après avoir reçu deux résultats de tests négatifs.