La centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son histoire : celle de son démantèlement total. Fermée en 2020 après plus de quarante ans de service, la doyenne du parc nucléaire français va devenir le théâtre d’un chantier industriel hors norme piloté par EDF, d’une durée estimée à 22 ans.Le décret autorisant le démantèlement de la partie nucléaire a été publié le 3 mai au Journal officiel. Les opérations ne pourront toutefois débuter qu’après validation de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, attendue en juin. Sur le site, les équipes s’activent déjà pour préparer les premières étapes d’un processus extrêmement encadré.Un chantier sous contrainte radioactiveMalgré l’arrêt des réacteurs et l’évacuation du combustible, la radioactivité reste présente dans plusieurs zones de l’installation. Dès l’entrée du site, les procédures de sécurité imposent des mesures strictes : changement complet de tenue, combinaison et équipements spécifiques afin d’éviter toute contamination par des poussières résiduelles.« On pourra circuler en toute sécurité », explique le directeur de la centrale, rappelant que le site reste une installation nucléaire active sur le plan réglementaire, malgré son arrêt de production.Dans les bâtiments, près de 300 salariés sont mobilisés pour les premières phases du chantier. Les travaux consistent déjà à démonter certains équipements non sensibles et à préparer les interventions dans les zones les plus complexes, notamment celles liées au cœur des réacteurs.Découper, démonter, assainir« On prend, on découpe, on démonte », résume un chef de projet d’EDF en charge des opérations. Les équipes interviennent sur des équipements techniques variés : moteurs, circuits hydrauliques ou structures métalliques, avec des méthodes adaptées à chaque composant.Avant d’atteindre les éléments les plus sensibles, une phase de rinçage des circuits a été réalisée afin de réduire fortement le niveau de radioactivité. Chaque intervention est encadrée par des seuils stricts : les déchets doivent rester en dessous de certains niveaux de radioactivité mesurés en becquerels, faute de quoi un nouvel assainissement est nécessaire.Les opérations les plus délicates concernent notamment les générateurs de vapeur et la piscine de stockage du combustible usagé. Même vidée de son combustible, cette dernière nécessite encore des interventions de nettoyage approfondi.Des robots spécialisés sont utilisés pour nettoyer les parois et le fond des bassins à haute pression et aspirer les résidus radioactifs restants. L’objectif est de réduire encore davantage les niveaux de contamination avant la poursuite du démantèlement.Une première pour des réacteurs « modernes »Le chantier de Fessenheim est considéré comme historique par EDF : il s’agit des premiers réacteurs dits modernes à être entièrement démantelés en France. Les opérations s’appuient sur les expériences acquises sur des installations plus anciennes, mais d’une taille et d’une technologie moins avancées.Au total, le chantier devrait générer environ 405 000 tonnes de déchets, dont environ 5 %, soit près de 20 000 tonnes, seront radioactifs. Ces matériaux seront triés, conditionnés sur site puis transportés vers les centres spécialisés de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), notamment dans l’Aube.