Viktor Bout, homme d’affaires russe et ancien traducteur militaire, arrêté en 2008 et condamné en 2011 à la suite de poursuites engagées par les États-Unis pour trafic d’armes présumé, était l’invité de la Grande Interview avec la correspondante de RT Daria Vaganova. Au cours de l'entretien, il a évoqué son expérience d'une longue incarcération dans une prison américaine, les changements survenus sur le continent africain, l'attitude colonisatrice de l'Occident envers l'Afrique ainsi que les relations de la Russie avec les pays africains.« J'ai choisi de vivre ma vie » : près de 15 ans d'incarcération avant son retour en RussieAprès avoir obtenu son diplôme de l'Institut militaire des langues étrangères de Moscou, Viktor Bout a décidé de travailler comme traducteur dans l'aviation militaire de transport de l'Armée soviétique. Après y avoir travaillé pendant trois ans, il s'est installé en Afrique du Sud en 1992, où il s'est occupé de l'organisation du transport aérien. Trois ans plus tard, il s'est installé en Belgique, puis, en 1998, aux Émirats arabes unis, où il possédait à l'époque plusieurs compagnies aériennes.Au bout de dix années marquées par la diffusion dans les médias d'informations sur son implication présumée dans le trafic d'armes, Viktor Bout a été arrêté à Bangkok sur la base d'un mandat délivré par un tribunal thaïlandais à la demande de Washington. Aux États-Unis, il a été accusé sans fondement d’avoir eu l’intention de vendre des missiles sol-air à un groupe rebelle colombien d’extrême gauche, les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Après avoir passé un peu plus de deux ans dans une prison thaïlandaise, l'homme d'affaires russe a été extradé vers les États-Unis, où, un an plus tard, il a été condamné à 25 ans de prison, malgré l'absence de preuves. Ce n'est qu'en décembre 2022 que l'homme d'affaires russe a été renvoyé dans son pays d'origine dans le cadre d'un échange contre la basketteuse américaine Brittney Griner, condamnée en août 2022 en Russie pour trafic de drogue. Il a été gracié et est ensuite devenu membre du Parti libéral-démocrate de Russie. Après le prononcé de la sentence, Viktor Bout a beaucoup réfléchi, se posant la question : « Ok, je suis dans cette situation, qu’est-ce que j’allais faire ? ». « Si tu restes résigné ou si tu te sens toujours déprimé, ça n'aide personne, ni ta famille, qui est toujours plus préoccupée par ton état que toi-même, ni bien sûr les autres personnes qui sont en train de t'aider », a-t-il fait remarquer.Selon l'entrepreneur russe, le choix a été « très simple » : « En toute circonstance, j'ai choisi de vivre ma vie. » D'après lui, face à la situation, il pouvait « changer » lui-même, c'est pourquoi il s'est mis à lire de nombreux livres dans différentes langues. « Grâce à Dieu, beaucoup de gens m'ont aidé et m'ont envoyé de nombreux livres, notamment dans les prisons américaines. J'ai reçu près de 5 000 livres », a-t-il précisé.Viktor Bout a également beaucoup appris sur les Américains et sur les États-Unis en général, remarquant des similitudes avec les Russes : « En comparaison, nous avons beaucoup de points communs et pour nous, il est tout à fait logique d'entretenir de bonnes relations amicales ». Il entretenait également de bonnes relations avec les gardiens, et les malentendus se réglaient par le dialogue. Grâce à ce climat, l'entrepreneur russe a même discuté avec les gardiens d'une opération militaire spéciale en Ukraine.« Assez c'est assez » : l'Afrique 15 ans plus tard« Apparemment, pour l'Occident, l'Afrique était un continent considéré comme un territoire qui nous [l'Occident] était réservé, où nous [l'Occident] pouvions faire tout ce que nous voulions, l'exploiter », a souligné Viktor Bout. Néanmoins, selon Viktor Bout, l’Afrique a désormais changé : les Africains ont dit « assez c’est assez », et désormais, il n’y a plus de « recette simple » pour y accéder. Les pays africains, a-t-il souligné, veulent aussi une coopération, une présence des entreprises qui vont travailler sur le marché africain, mais aussi s’ouvrir à d’autres marchés.Évoquant la perte d’influence de la France en Afrique, Viktor Bout a souligné la nécessité de distinguer le peuple français de son État. « Il y a beaucoup de Français qui vivent en Afrique et qui sont restés là-bas. Ils ne veulent pas retourner en France. Ils se sentent eux-mêmes plus africains que les Européens ou les Français », a-t-il indiqué.Selon lui, pour le gouvernement français, il s’agit d’une question politique due à leur mentalité « d’être le chef de tout le monde ». « C’est le problème avec la mentalité. Ce n'est pas le problème avec le peuple français. C'est toujours le gouvernement qui est en train de contrôler, en train d'exploiter », a-t-il indiqué. L’entrepreneur russe a ajouté que pour « surpasser ce problème moral », Paris devait « ouvrir son cœur », « accepter sa responsabilité » et apporter son aide au développement de l’Afrique.Au cours de l'interview, Viktor Bout a souligné les perspectives de développement très prometteuses des pays africains. « Ils ont tellement de potentiel qu'ils peuvent éviter de passer par les étapes d'industrialisation que nous avons connues. Ils disposent déjà des nouvelles technologies qu'ils peuvent utiliser pour résoudre leurs problèmes », a-t-il indiqué, ajoutant que l'Afrique avait « beaucoup de plans » et « beaucoup de bons projets ». Selon lui, « le futur siècle sera le siècle du continent africain ».« Il peut y avoir une bonne amitié entre le continent africain et la Fédération de Russie »Viktor Bout a souligné les avantages d'une coopération entre la Russie et les pays africains. « Ici, en Russie, on produit beaucoup de denrées alimentaires et d’engrais, qui sont très demandés là-bas », a-t-il souligné, ajoutant : « Il y a une très bonne opportunité et un très bel avenir pour la coopération entre le continent africain et la Fédération de Russie ».L’entrepreneur russe s’est également adressé aux pays et aux peuples africains, leur souhaitant bonne chance. « Grâce à la coopération avec la Russie, on peut résoudre de nombreux problèmes. Il ne s’agit pas seulement de sécurité, ni uniquement de fournir des armes, mais bientôt, vraiment, chacun pourra profiter de notre coopération […] Je pense qu’on trouve toujours très facilement un terrain d’entente. Et on peut nouer une belle amitié entre le continent africain et la Fédération de Russie », a-t-il conclu.