La France a sérieusement envisagé d'acquérir Pegasus, le logiciel espion développé par la société israélienne NSO Group, au moment même où plusieurs membres du gouvernement auraient été secrètement ciblés par cet outil dans des opérations attribuées au Maroc. C'est ce que révèlent, le 16 juillet, de nouveaux documents consultés par Forbidden Stories et ses partenaires.Selon l'enquête, des discussions avancées ont eu lieu entre les services français et le revendeur exclusif de NSO en France, la société Syans. Lors d'une audition judiciaire consultée par le consortium, son dirigeant évoque un prix compris entre 60 et 80 millions d'euros, ainsi qu'une commission pouvant atteindre 65 000 euros en cas de vente.Les documents indiquent que la DGSI, la Direction du renseignement militaire (DRM) et le ministère de la Justice figuraient parmi les administrations intéressées par Pegasus, notamment pour des enquêtes liées au terrorisme et au narcotrafic.Selon Forbidden Stories, l'Élysée a finalement mis son veto à la fin de l'année 2020. Emmanuel Macron aurait justifié cette décision par des considérations de souveraineté nationale ainsi que par le risque réputationnel lié à un logiciel déjà associé à des régimes autoritaires.L'enquête révèle toutefois qu'après ce refus présidentiel, une nouvelle demande d'autorisation de commercialisation de Pegasus aurait été déposée devant la commission compétente de l'ANSSI, alimentant les interrogations sur la persistance du projet au sein de certains services.Sept ministres auraient été espionnés par le MarocParallèlement, les investigations mettent en lumière de nouveaux éléments concernant les opérations d'espionnage visant la France. Les téléphones de sept ministres de l'époque — Jean-Michel Blanquer, Jacqueline Gourault, Julien Denormandie, Emmanuelle Wargon, François de Rugy, Florence Parly et Sébastien Lecornu — présenteraient des « traces de compromission » par Pegasus.D'après les analyses citées par Forbidden Stories, ces marqueurs correspondent à des indicateurs déjà observés dans des attaques attribuées au Maroc. La DGSE estime, dans un document judiciaire cité par le consortium, être en mesure de rattacher certaines intrusions à des services de renseignement de pays utilisateurs de Pegasus et considère qu'elles portent atteinte « aux intérêts fondamentaux de la nation ».Le Maroc a toujours nié avoir utilisé Pegasus pour espionner des responsables français et n'a pas coopéré avec la commission rogatoire internationale évoquée par les enquêteurs, selon Forbidden Stories.Ces nouvelles révélations interviennent alors que les relations entre Paris et Rabat connaissent un net réchauffement diplomatique. Ironie relevée par le consortium, le ministre des Armées de l'époque, Sébastien Lecornu, actuel Premier ministre, dont le téléphone figure parmi ceux présentant des traces d'infection, effectue cette semaine une visite officielle au Maroc dans le cadre d'une rencontre de haut niveau entre les deux pays.