Le thymus pourrait-il devenir une arme contre le vieillissement ?

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Pendant de nombreuses années, le thymus a été considéré comme un organe peu utile. Pourtant, les recherches menées ces trois dernières années ont profondément changé cette vision. Les scientifiques s'intéressent désormais de près à cet organe, car son état pourrait refléter l'état général de santé d'une personne. Cette année, deux études menées par des équipes américaines et européennes ont montré qu'un thymus plus dégradé est associé à un risque plus élevé de décès.Le thymus est une petite glande située dans la poitrine. Son rôle est essentiel pour la formation des lymphocytes T, des cellules qui protègent l'organisme contre les infections et les tumeurs. Après la puberté, il cesse de grandir, commence à diminuer progressivement, produit de moins en moins de lymphocytes T, puis se transforme peu à peu en tissu graisseux. À 40 ans, il ne produit plus qu'environ un quart des lymphocytes T qu'il fabriquait à l'âge de huit ans. À 65 ans, cette production tombe à environ 10 %.Le déclin du thymus est-il un signal d'alerte ?En 2023, des chercheurs ont observé que les personnes dont le thymus avait été retiré par chirurgie présentaient, cinq ans plus tard, un risque de décès presque trois fois plus élevé et un risque de cancer environ deux fois plus important que celles qui avaient conservé cet organe.Deux nouvelles études publiées en mars ont analysé les données de plus de 31 000 personnes dont le thymus avait vieilli naturellement. La première a montré qu'un thymus plus petit était associé à un risque plus élevé de décès, mais aussi de cancer et de maladies cardiovasculaires, comme l'insuffisance cardiaque. La seconde a révélé qu'un thymus plus petit était également lié à une moins bonne survie chez les patients traités par immunothérapie contre le cancer.Certains chercheurs rappellent toutefois que ces travaux montrent seulement une corrélation. Ils ne prouvent pas que le mauvais état du thymus est directement responsable de ces maladies ou de l'augmentation du risque de décès. Selon eux, plusieurs éléments restent encore inconnus, des recherches supplémentaires sont donc nécessaires.Un espoir pour ralentir le vieillissement et renforcer l'immunitéLes spécialistes estiment néanmoins que préserver ou restaurer le fonctionnement du thymus pourrait ralentir le vieillissement du système immunitaire et prolonger la période de la vie passée en bonne santé. En revanche, ils soulignent qu'il est aujourd'hui impossible d'affirmer que cette approche permettrait, à elle seule, d'allonger significativement la durée de vie, le vieillissement dépendant de nombreux autres mécanismes.Les chercheurs étudient également le rôle que pourrait jouer le thymus dans le traitement du VIH et du cancer. Restaurer son activité pourrait aider le système immunitaire à mieux se reconstruire chez certaines personnes vivant avec le VIH, notamment lorsque les traitements donnent des résultats limités. En cancérologie, cette stratégie pourrait favoriser une meilleure réponse immunitaire après une chimiothérapie ou une greffe et renforcer la lutte contre les cellules cancéreuses.Pour l'instant, cette piste reste expérimentale. Aucun traitement capable de rajeunir le thymus n'a encore démontré qu'il pouvait prolonger la vie ou traiter efficacement le cancer ou le VIH. Les scientifiques considèrent cependant que ce domaine de recherche est l'un des plus prometteurs pour mieux comprendre le vieillissement du système immunitaire et développer de nouvelles approches thérapeutiques.