Le président français Emmanuel Macron est attendu prochainement en Syrie, où il deviendra le premier chef d’État occidental et le premier dirigeant de l’Union européenne à se rendre à Damas depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed el-Chareh en décembre 2024. Cette visite marque une inflexion majeure de la diplomatie française, après plus d’une décennie de rupture liée à la guerre syrienne et au soutien de Paris à l’opposition. Les dernières visites présidentielles françaises dans le pays remontent à Nicolas Sarkozy en 2008 et 2009, dans un tout autre contexte régional.En recevant Ahmed el-Chareh à l’Élysée en mai 2025, Emmanuel Macron avait déjà pris le risque d’une normalisation rapide avec un dirigeant issu d’une coalition au passé djihadiste, avant même la consolidation politique du nouveau régime et la stabilisation du cadre international, notamment après les discussions à Washington et la levée progressive des sanctions occidentales. Cette stratégie, présentée comme réaliste, est aujourd’hui critiquée pour sa précipitation et son caractère solitaire, Paris semblant avancer sans véritable coordination européenne sur un dossier pourtant central.La visite annoncée s’inscrit aussi dans une logique économique assumée. Le président français sera accompagné d’une importante délégation d’investisseurs et de dirigeants de grandes entreprises, illustrant une diplomatie de plus en plus tournée vers les opportunités de reconstruction. Cette approche suscite cependant des interrogations : en cherchant à sécuriser des parts de marché dans une Syrie encore fragile et instable, la France donne l’impression de privilégier les intérêts économiques à court terme au détriment d’une ligne politique claire sur les droits humains et la stabilité institutionnelle.Macron en quête de visionSur le plan diplomatique, Paris entend aborder avec Damas plusieurs dossiers sensibles, dont la protection des minorités, la lutte contre l’État islamique et l’intégration des forces kurdes. Mais cette ambition contraste avec la faiblesse des leviers français sur le terrain, face à des États-Unis de plus en plus influents et à une Russie encore présente dans les équilibres régionaux. La France apparaît ainsi en quête de repositionnement, sans garantie réelle de pouvoir peser durablement.Enfin, Paris maintient sa position de fermeté sur le Liban, en refusant l’idée d’un rôle syrien dans la gestion du dossier du Hezbollah, contrairement à certaines propositions soutenues par Donald Trump. Mais cette ligne diplomatique apparaît de plus en plus isolée et peu cohérente avec la stratégie globale de réengagement régional.Dans un contexte sécuritaire encore très instable, marqué par un attentat meurtrier à Damas ayant fait dix victimes, cette visite illustre surtout les ambiguïtés de la politique syrienne de la France : entre volonté de retour sur la scène diplomatique, course aux opportunités économiques et absence de stratégie collective clairement assumée.