Le monde se trouve à « un carrefour », marqué par la multiplication des conflits, la montée des tensions et le recul de la confiance entre les États, a estimé Ahmed Attaf devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 28 septembre. Pour le ministre algérien des Affaires étrangères, cette situation met en cause les fondements de l’ordre international établi après les deux guerres mondiales.Il a dénoncé la montée de l’unilatéralisme, de la polarisation et des mesures coercitives, ainsi que ce qu’il a présenté comme une application sélective du droit international. « Le danger ne réside pas seulement dans le déclenchement des guerres, mais aussi dans la normalisation et l’acceptation de la guerre elle-même », a-t-il déclaré.Alger plaide pour une réforme profonde du Conseil de sécuritéPour restaurer la confiance dans le système multilatéral, l’Algérie estime que la réforme doit commencer au sein même des Nations unies. Ahmed Attaf a appelé à renforcer le rôle et l’autorité de l’Assemblée générale et à engager une réforme « profonde » du Conseil de sécurité afin de le rendre plus représentatif, équitable et efficace.Alger demande notamment une représentation africaine permanente au Conseil de sécurité, dotée de pouvoirs complets, au nom de la correction de ce qu’il qualifie d’« injustice historique » envers le continent africain.Le ministre a également insisté sur la nécessité de mettre fin à la sélectivité et aux « deux poids, deux mesures » dans l’application du droit international.Soutien réaffirmé aux PalestiniensLa situation au Proche-Orient a occupé une place importante dans l’intervention algérienne. Ahmed Attaf a dénoncé la poursuite des violences contre les civils palestiniens et estimé que leur situation ne devait pas devenir une réalité « normalisée » aux yeux de la communauté internationale.L’Algérie a réaffirmé son soutien « plein et inconditionnel » aux droits « légitimes et inaliénables » du peuple palestinien, notamment son droit à établir un État indépendant et pleinement souverain, avec Al-Qods comme capitale.Le ministre a également condamné les attaques israéliennes contre plusieurs pays de la région, citant notamment la Syrie et le Liban, et appelé à la désescalade ainsi qu’au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.Le Sahara occidental, « question de décolonisation »Ahmed Attaf a ensuite réaffirmé le soutien de l’Algérie au droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Il a salué l’organisation de négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario sous l’égide des Nations unies, avec l’assistance des États-Unis, tout en appelant les deux parties à s’engager « de bonne foi » dans le processus.Alger estime que toute solution doit rester inscrite dans le cadre des références pertinentes des Nations unies et de la doctrine de l’organisation en matière de décolonisation. Le ministre a mis en garde contre toute tentative de marginaliser les parties qu’il considère comme détentrices de droits légitimes.L’Algérie a également défendu le maintien de la question du Sahara occidental dans le cadre de la décolonisation, rejetant l’idée que le passage du temps puisse transformer une situation qu’elle considère comme imposée en fait juridique.Sahel et Libye : sécurité, développement et dialogueSur le Sahel, Ahmed Attaf a défendu une approche combinant sécurité et développement. Selon lui, la lutte contre le terrorisme ne peut être dissociée de la pauvreté et de la marginalisation, tandis que la stabilité sécuritaire constitue une condition du développement.L’Algérie a réaffirmé sa disponibilité à soutenir les pays de la région et à appuyer les solutions politiques favorisant la stabilité, tout en insistant sur le respect de la souveraineté des États et des choix de leurs peuples.Concernant la Libye, Alger a renouvelé son soutien à une solution politique « pacifique, globale et dirigée par les Libyens ». Le ministre a appelé à mettre fin aux ingérences étrangères et à parvenir à l’unification des institutions libyennes.L’Algérie défend une coopération africaine renforcéeLe ministre a également présenté le développement durable comme indissociable de la paix et de la sécurité. Il a mis en avant les progrès revendiqués par l’Algérie dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable et appelé à renforcer l’intégration africaine.Ahmed Attaf a enfin plaidé pour que le continent africain ne reste pas à la marge de la révolution technologique. Il a appelé à investir dans les compétences scientifiques et numériques africaines et à mettre en place une réglementation internationale « équilibrée et responsable » de l’intelligence artificielle, garantissant un accès équitable à ses bénéfices.En conclusion, le chef de la diplomatie algérienne a résumé son appel autour d’une même exigence : restaurer la confiance en faisant correspondre les paroles et les actes, en appliquant le droit international de manière égale et en faisant des Nations unies un espace où la diplomatie et le multilatéralisme retrouvent pleinement leur place.