Vladimir Poutine s’est exprimé ce 1er octobre lors de la session plénière du 23e Forum annuel du Club de discussion Valdaï. Devant des experts russes et étrangers, le président a placé la sécurité internationale au cœur de son intervention, appelant à préserver la paix mondiale « dès maintenant ». La rencontre, consacrée cette année à la responsabilité pour l’avenir, s’est ouverte par un discours de 46 minutes avant une séance de questions-réponses.Pour le chef de l’État russe, le niveau actuel de confrontation fait peser un risque croissant sur la sécurité mondiale. Il a rappelé que les grandes puissances disposent d’armes capables de provoquer une catastrophe majeure et appelé à relancer la réflexion sur les règles encadrant les conflits armés. Il a également averti qu’une escalade pouvait rapidement atteindre un point où tout retour en arrière deviendrait impossible.Cette mise en garde a aussi marqué ses déclarations sur les tensions avec l’Europe. Vladimir Poutine a assuré que la Russie n’avait aucune intention d’attaquer un autre pays « ni en 2029, ni en 2030, ni en 2050 », tout en soulignant que Moscou répondrait à toute agression. Une attaque contre Kaliningrad ou une autre région russe poserait immédiatement, selon lui, la question de l’emploi de tous les armements disponibles. Le président russe a relié ces avertissements aux scénarios de confrontation avec Moscou régulièrement évoqués par certains responsables européens.Dans le même registre, Vladimir Poutine a dénoncé comme autant de facteurs d’escalade les exercices militaires occidentaux en mer Baltique et les tentatives d’interception de navires russes. Il a prévenu que Moscou répondrait de manière réciproque à d’éventuelles tentatives visant à retenir ses bâtiments, inscrivant ces tensions maritimes dans le risque plus large d’une confrontation susceptible d’échapper progressivement au contrôle des différentes parties.Sur l’Ukraine, Vladimir Poutine a réaffirmé la position russe sur les origines du conflit. Il a soutenu que Moscou avait été contrainte de défendre ses intérêts et sa sécurité face à l’expansion militaire de l’OTAN et à la politique menée par les pays occidentaux. Il a également distingué les livraisons d’armes de l’implication directe de pays étrangers dans les combats, cette dernière constituant une source de préoccupation particulière pour la Russie.Le président russe a par ailleurs affirmé que Moscou suivait attentivement l’origine des armements envoyés à l’Ukraine. Il a souligné que la Russie ne recevait aucune arme de l’étranger et s’appuyait sur son propre complexe militaro-industriel ainsi que sur les capacités de son économie.Vers un nouvel ordre internationalPour Vladimir Poutine, les crises actuelles ne peuvent être séparées de la transformation plus profonde du système mondial. Le président russe estime que les institutions mises en place après 1945 ne reflètent plus pleinement les réalités du XXIe siècle. Il a notamment plaidé pour une réforme de l’ONU donnant davantage de poids à l’Asie, à l’Afrique et à l’Amérique latine.Cette réflexion s’inscrit également dans le bilan qu’il dresse des relations entre Moscou et les puissances occidentales. Vladimir Poutine a rappelé les tentatives engagées par la Russie dans les années 2000 pour construire des relations plus étroites avec l’Occident. Il a assuré ne pas regretter cette démarche, tout en expliquant qu’il était ensuite devenu clair, selon ses termes, que « nous n’y étions pas les bienvenus ».Le président russe a souligné le recul progressif de l’influence occidentale et défendu l’émergence d’un ordre multipolaire dans lequel les différentes régions du monde disposeraient d’une place plus importante. Vladimir Poutine a affirmé que la fin progressive de l’hégémonie occidentale devait conduire, à terme, à un système international « plus stable, démocratique et libre ».C’est dans cette logique qu’il a mis en avant les BRICS, le Grand partenariat eurasiatique et le projet de Charte eurasiatique sur la multipolarité lancé avec la Biélorussie. Pour Moscou, ces cadres doivent accompagner l’évolution vers un système international moins concentré autour d’un seul centre de pouvoir et davantage fondé sur la prise en compte des intérêts des différents États.Vladimir Poutine a cependant reconnu que cette transition serait longue et complexe. Il estime que les conflits internationaux risquent de se poursuivre dans les années à venir et a insisté sur la nécessité de rechercher des compromis. Le président russe a également appelé à reconstruire la confiance entre les États, un processus qu’il a décrit comme « très difficile à établir et très facile à détruire ».Les nouveaux risques technologiquesPour Vladimir Poutine, les transformations en cours dépassent toutefois le seul cadre géopolitique. Le président russe a alerté sur les conséquences du développement rapide de l’intelligence artificielle, évoquant le risque d’un « totalitarisme numérique » et d’une dépersonnalisation des individus sous l’effet d’algorithmes contrôlés par des acteurs extérieurs.Vladimir Poutine a souligné que le progrès technologique ne pouvait être arrêté, mais que ses conséquences devaient être anticipées. Des cas existent déjà dans lesquels l’intelligence artificielle prend elle-même des décisions en fonction de sa propre appréciation de ce qui est opportun, aussi bien dans le domaine civil que militaire.Il a aussi abordé les progrès permettant d’intervenir ou d’influencer les comportements et les modes de pensée. Face à ces évolutions, le chef de l’État russe a appelé les pays à rechercher ensemble des solutions acceptables, tout en préservant leur souveraineté, leur sécurité et leur identité dans l’espace numérique.De la sécurité militaire à la transformation de l’ordre mondial, en passant par l’intelligence artificielle, Vladimir Poutine a ainsi placé la responsabilité au centre de son intervention. Pour le président russe, l’enjeu est désormais d’éviter une escalade irréversible, de bâtir des mécanismes internationaux correspondant davantage aux nouveaux équilibres mondiaux et de conserver la maîtrise des technologies qui transforment rapidement les sociétés.