Italie : Rome cherche à préserver ses relations avec l’Égypte après la condamnation de trois responsables dans l’affaire Regeni

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La justice italienne a condamné, le 28 septembre, trois hauts responsables égyptiens pour l’enlèvement, en 2016, de Giulio Regeni, un étudiant italien de 28 ans dont le corps avait été retrouvé quelques jours après sa disparition au Caire, portant de nombreuses traces de torture. Un quatrième accusé a été acquitté, tandis que l’accusation de meurtre visant l’un des prévenus a été abandonnée.Le verdict, rendu en l’absence des accusés, intervient au terme d’une procédure judiciaire engagée depuis près de dix ans. L’Égypte, qui a refusé de coopérer avec la justice italienne et n’a pas communiqué le lieu où se trouvent les responsables poursuivis, n’a pas commenté la décision. Le Caire a toujours nié toute implication de l’État dans la mort de Giulio Regeni.À Rome, le gouvernement cherche à dissocier la condamnation judiciaire des relations bilatérales. « Il y a eu une condamnation. L’Égypte n’a pas été condamnée, trois personnes ont été condamnées », a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani.Les procureurs italiens estiment que Giulio Regeni avait attiré l’attention des autorités égyptiennes en raison de ses recherches sur les syndicats indépendants, un sujet politiquement sensible en Égypte. Dans un premier temps, les autorités égyptiennes avaient évoqué un accident de la route, avant d'attribuer sa mort à un gang criminel.L’opposition réclame une ligne plus dureLe verdict a suscité des appels à un durcissement de la position italienne à l’égard du Caire. La dirigeante du Parti démocrate, Elly Schlein, a estimé que la décision judiciaire établissait des responsabilités « aux plus hauts niveaux » de l’administration du président Abdel Fattah al-Sissi. Elle a qualifié le jugement d’« historique » et accusé les autorités égyptiennes d’avoir cherché à entraver la procédure.L’avocate de la famille Regeni, Alessandra Ballerini, a pour sa part appelé le gouvernement italien à rompre ses relations avec l’Égypte.Le dirigeant de l’Alliance des Verts et de la Gauche, Angelo Bonelli, a également accusé Antonio Tajani de minimiser la portée du verdict. Selon lui, le gouvernement italien privilégierait les intérêts commerciaux et énergétiques au détriment de la justice dans l’affaire Regeni.Rome veut maintenir le rapprochement avec Le CaireDepuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni en 2022, l’Italie a progressivement renforcé ses relations avec l’Égypte, après plusieurs années de tensions liées à l’affaire Regeni. Le Caire est devenu un partenaire important de Rome sur les questions migratoires, énergétiques et de stabilité en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale.Début septembre, Antonio Tajani s’était rendu au Caire pour signer plusieurs accords destinés à élargir la coopération bilatérale, notamment dans la lutte contre les passeurs et l’immigration irrégulière.Le ministre italien a indiqué que Rome attendrait les prochaines étapes de la procédure judiciaire. En vertu du droit italien, le parquet comme la défense disposent de deux degrés d’appel avant qu’une condamnation ne devienne définitive. Une éventuelle demande d’extradition ne pourrait donc intervenir qu’au terme de la procédure, qui pourrait durer plusieurs années.