L’avenir institutionnel des autonomistes de l’île de Beauté s’assombrit brutalement. Après des années de discussions et une opposition constante de la Chambre haute, le camp autonomiste a annoncé son retrait du processus de Beauvau, initié en 2022, à la suite du rejet par le Sénat d’une réforme constitutionnelle sensible qui devait conduire la Corse à un statut d’autonomie au sein de la République.À l’initiative de la droite, majoritaire au Palais du Luxembourg, les sénateurs ont d’abord largement réécrit le texte adopté par l’Assemblée nationale en juin 2026. Ils ont refusé d’inscrire dans la Constitution l’existence d’une « communauté insulaire » et d’un « lien singulier à la terre corse », leur substituant une simple référence au « patrimoine historique, linguistique et culturel singulier ».À la tribune, Francis Szpiner, sénateur de Paris, a ainsi résumé : « Je ne voterai jamais dans la Constitution la reconnaissance du communautarisme ! » #Sénat #Autonomie"Je ne voterai jamais dans la constitution la reconnaissance du communautarisme !"Francis Szpiner, sénateur de Paris, a réitéré dans l'hémicycle son opposition à l'idée de communauté ou de peuple corse. https://t.co/ragHuqBNDc— France 3 Corse (@FTViaStella) October 26, 2026Les pouvoirs dérogatoires accordés à la collectivité de Corse ont été amoindris et limités à des habilitations au cas par cas. Ce détricotage a provoqué la colère des élus corses. « Une majorité archaïque a choisi ce soir de détruire un accord politique équilibré patiemment construit et porteur d’espoir […] Dans ces conditions, nous nous retirons du processus de Beauvau », a lancé le sénateur de Haute-Corse Paul-Toussaint Parigi (Femu a Corsica), avant de quitter l’hémicycle avec plusieurs représentants autonomistes et nationalistes. Peu après 22H, ce lundi 26 octobre, alors que l'#autonomie de la Corse était au programme au Palais du Luxembourg, Le sénateur de Haute-Corse, alors que les débats allaient clairement à l'encontre des espoirs de la délégation corse, a annoncé le retrait du processus. https://t.co/rEkDKJZ4mj— France 3 Corse (@FTViaStella) October 26, 2026Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à la présidentielle, a réaffirmé son opposition : « Il ne peut pas y avoir une sorte de double souveraineté populaire ». Le président du Sénat, Gérard Larcher, avait, quant à lui, fait connaître son opposition au texte dès juillet 2025.La rapporteure LR Muriel Jourda a défendu une « cohérence législative » face au risque de « désordre dans l’État de droit ».Le texte réécrit n’a finalement contenté personne. Rejeté dans son ensemble, il marque un coup d’arrêt au processus lancé par Gérald Darmanin à la demande d’Emmanuel Macron.Validé par l’Assemblée de Corse en 2024, le compromis semblait déjà difficile à concrétiser avant 2027. Les réticences sénatoriales rendent désormais très improbable l’adoption d’un texte identique par les deux chambres, puis son approbation par le Congrès à la majorité des trois cinquièmes.La ministre Françoise Gatel s’est désolée : « On a un peu de mal à prendre en compte tout le travail accompli pendant quatre ans. » Sur X, elle a précisé que le gouvernement « continuera à discuter » et reprendra contact avec les élus corses. Le Sénat a rejeté cette nuit le projet de loi constitutionnelle relatif à l’autonomie de la Corse, après l’adoption d’amendements de la droite sénatoriale qui en avaient profondément modifié l’équilibre et l’avaient éloigné de l’esprit de l’accord de Beauvau.Ce rejet est donc celui d’un texte qui rompait cet équilibre essentiel; il ne constitue pas un rejet du principe de l’autonomie de la Corse ni de l’accord de Beauvau.Le Gouvernement demeure pleinement engagé en faveur de ce processus historique. Dans les prochains jours, je réunirai les élus corses et les représentants des deux assemblées afin de rechercher une rédaction commune, fidèle à l’accord de Beauvau et susceptible de rassembler une large majorité pour permettre son aboutissement.@gouvernementFR @Ecologie_Gouv— Françoise GATEL (@FrancoiseGatel) October 27, 2026Gilles Simeoni, maire de Bastia, a regretté une « volonté claire de mettre à bas » le dialogue, et le Parti de la nation corse a retiré son soutien, dénonçant le « mépris » des sénateurs. Patrick Kanner (PS) a de son côté accusé la droite de « bloquer un processus qui a longuement mûri »Au-delà des partis, c’est le projet autonomiste porté par Emmanuel Macron qui semble définitivement lui échapper.