Maroc-Espagne : la crise de Ceuta ravive le contentieux autour des enclaves

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Entre le Maroc et l’Espagne, le dossier de Ceuta semble avoir réveillé de vieux antagonismes. Près d’un mois après les arrivées massives de migrants dans l’enclave espagnole, les relations entre Rabat et Madrid sont de nouveau traversées par une forte tension, principalement sur le terrain médiatique et politique.Le dernier épisode en date remonte au 24 août. Lors d’une cérémonie religieuse organisée au palais royal de Rabat à l’occasion de l’anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, le ministre marocain des Affaires religieuses, Ahmed Toufiq, a évoqué deux théologiens nés à Ceuta, Cadi Ayyad et Al Azafi, en parlant notamment de « lutte sacrée » et de « villes occupées ».Ces propos, qui concernaient également Melilla, ont suscité de vives réactions en Espagne. La presse espagnole y a vu une possible dimension politique, dans un contexte déjà tendu depuis les arrivées massives de migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet.Selon les chiffres cités dans les médias espagnols, plus de 70 000 personnes venues du Maroc auraient franchi illégalement la frontière durant ces deux journées. Le gouvernement de Pedro Sanchez rejette toutefois l'hypothèse selon laquelle Rabat aurait délibérément facilité ces passages afin de faire pression sur Madrid.Rabat réaffirme ses revendicationsLes déclarations d’Ahmed Toufiq ne sont pas restées isolées. Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a lui aussi évoqué à plusieurs reprises les « droits historiques et géographiques » du Maroc sur Ceuta et Melilla, notamment lors d’interventions sur la chaîne saoudienne Asharq News et sur la télévision marocaine 2M.Ces revendications sont anciennes, mais leur résurgence intervient alors que la question migratoire semblait jusque-là occuper l’essentiel des relations entre les deux pays.Le débat s’est rapidement transformé en une véritable bataille des récits. Dans les médias espagnols comme marocains, les arguments historiques et juridiques sur le statut des deux enclaves se multiplient, parfois au prix de raccourcis contestés.Plusieurs médias espagnols mettent ainsi en avant l’ancienneté de la présence espagnole à Ceuta et Melilla, tandis que des médias marocains insistent sur leur implantation géographique en Afrique et sur les revendications historiques de Rabat. Sur le plan international, les deux territoires ne sont toutefois pas considérés par les Nations unies comme des territoires à décoloniser.Une nouvelle affaire sécuritaireLa tension s’est encore accrue avec la publication, par le groupe de hackers Jabaroot, de données présentées comme appartenant à des dizaines de milliers de membres de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) marocaines. Selon le média espagnol The Objective, les listes divulguées comprendraient notamment cinq membres de l’ambassade du Maroc à Madrid et 11 vice-consuls marocains. Le parti d’extrême droite Vox a demandé leur expulsion.Les autorités marocaines n’ont, pour l’heure, pas publiquement confirmé l’authenticité de l'ensemble de ces informations.Cette succession d’événements fait ressurgir le souvenir de la crise de l’îlot Persil. En juillet 2002, ce petit territoire situé au large des côtes marocaines avait été occupé successivement par des militaires marocains puis espagnols, provoquant une grave crise diplomatique entre les deux pays.Le déplacement à Ceuta, le 27 août, de l’ancien Premier ministre espagnol José María Aznar, qui dirigeait le gouvernement lors de cette crise, a donné une dimension supplémentaire à cette résurgence du contentieux. Celui-ci a dénoncé la « faiblesse » de Pedro Sanchez, tandis que le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a lui aussi vivement critiqué le gouvernement.Madrid veut éviter une nouvelle crise diplomatiqueMalgré cette escalade verbale, les autorités espagnoles et marocaines cherchent pour l’heure à éviter une rupture ouverte.Devant le Congrès espagnol le 28 août, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a assuré que ses contacts avec son homologue marocain Nasser Bourita restaient « constants » et que la coopération avec Rabat demeurait « essentielle ».Sur Ceuta et Melilla, le ministre a toutefois réaffirmé une position sans ambiguïté : selon lui, la souveraineté espagnole et l’intégrité territoriale du pays ne sont pas négociables.