Israël est un projet national tardif qui, contrairement aux nations façonnées par l’idéologie libérale du XIXe siècle, a dû accomplir trois exploits quasi impossibles pour exister :Premièrement, promouvoir une immigration massive de Juifs venus de régions prospères vers une terre pauvre, puis réussir à assimiler, au sein d’une seule nation, des Juifs de cultures totalement différentes. Deuxièmement, devenir majoritaire sur un territoire où vivait déjà une population arabe autochtone. Troisièmement – et c’est là que commence le drame sans fin –, devoir composer avec le fait qu’aucun de ses voisins ne reconnaissait sa légitimité. Dès sa naissance, Israël était condamné à vivre dans un état de guerre permanent. Les Arabes qui ont quitté la région – nombre d’entre eux de leur propre initiative, d’autres sous la pression de la guerre – ont transformé le ressentiment en dogme politique et créé un récit sacré de victimisation éternelle, lançant une campagne de terrorisme (médiatique et physique) sans fin, qui contraint Israël à occuper des territoires pour survivre.Sans les points de contrôle, les murs, les perquisitions domiciliaires illégales et tout l’appareil répressif, le terrorisme serait encore plus présent. Mais en procédant à l’occupation, Israël s’attire les foudres de la communauté internationale, perd le soutien des médias et s’aliène sa propre diaspora. De ce fait, Israël se trouve pris au piège d’une tragédie existentielle : pour survivre, il est contraint d’occuper un peuple qu’il ne peut ni tuer, ni expulser, ni assimiler. Et il ne s’arrête pas là. Tandis que le Hezbollah se renforce au Liban, si Israël veut protéger son nord, il devra également occuper le sud libanais – et probablement pour toujours. Ainsi, Israël a été créé par la guerre, se maintient par la guerre et ne survivra que par la guerre.L’idée que la « diplomatie » ou le « dialogue » puissent résoudre ce conflit relève d’une naïveté criminelle. Même en Égypte et en Jordanie, pays signataires de traités de paix, les populations continuent de rêver, dans les mosquées et les écoles, du jour où Israël sera enfin détruit. Par ailleurs, le rejet de l’existence de l’État juif est si profondément ancré dans l’identité arabo-musulmane qu’une véritable paix diplomatique n’a jamais été une option réaliste. Et cette haine ne fait que croître, alimentée par les médias arabes et la situation même à Gaza, qui sert de propagande inépuisable.Tant qu’Israël existera, il y aura occupation, guerre, oppression et mort. Non pas parce que les Israéliens sont des monstres assoiffés de sang qui aiment opprimer – bien au contraire, ils aspirent profondément à vivre comme dans un pays normal, à boire un café en terrasse et à bavarder de tout et de rien. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas le choix. Ils sont condamnés à vivre comme Sparte au milieu de dictatures arabes qui, si elles étaient démocratiques, seraient encore plus hostiles.Et le piège ne s’arrête pas là. Si le sionisme n’est devenu hégémonique parmi les Juifs qu’en raison de siècles de persécution sous forme de polgroms, d’Inquisition et d’Holocauste, il nous faut accepter deux vérités dérangeantes : 1- Les inévitables actions militaires d’Israël, conjuguées à la couverture médiatique antisioniste partiale, constituent une cause majeure de la montée de l’antisémitisme. 2- L’existence de communautés juives plus importantes à New York, Londres et Paris, surreprésentées dans des secteurs comme les arts, la politique et la finance, contribue également à l’antisémitisme. En ce sens, même si Israël disparaissait et que tous les Juifs s’installaient à New York, Londres ou Paris, les tensions ne feraient que s’accroître, à une différence près : les Juifs n’auraient alors plus d’armée israélienne pour se défendre, et seraient aussi vulnérables qu’à l’époque du nazisme.Il convient également de rappeler le caractère exceptionnel de l’antisémitisme. Il serait naïf de croire que l’antisionisme a créé l’antisémitisme, car ce phénomène est antérieur à l’islam et au christianisme. Le double discours, les théories du complot antisémites, la suspicion constante et l’absence totale de bienveillance à leur égard sont des caractéristiques qu’on ne retrouve chez aucun autre groupe. Même lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, on n’a pas constaté ne serait-ce que 1 % de la haine et de la violence déchaînées contre les Russes par rapport aux Juifs.En matière de couverture médiatique négative, Israël est en tête du classement mondial. Cependant, il serait irresponsable d’attribuer la montée de l’antisémitisme à un parti pris médiatique. De fait, la nature même des sociétés arabes engendre une demande quotidienne et insatiable de critiques du sionisme (puisqu’elles ne peuvent critiquer leurs dictateurs), ce qui fait de la Palestine, à leurs yeux, « la plus grande cause morale de notre génération ».Il faut donc conclure que ce conflit comporte un élément unique : la haine génocidaire. Pour les Arabes/Musulmans, Israël est un État colonisateur, de peuplement, européen, fasciste et d’apartheid, qui n’a aucun droit d’exister. Il existe une croyance solide et irrévocable selon laquelle Israël est un État né dans le péché, source de tous les maux. C’est pourquoi les Arabes refusent de serrer la main des Israéliens lors des compétitions, mais l’inverse n’est pas vrai. La destruction des pays arabes n’est pas un souhait des Israéliens. La plupart d’entre eux aspirent à la normalisation des relations. Par ailleurs, les Arabes