Comment l’Ukraine joue avec l’arme nucléaire depuis 2021

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Le Service de renseignement extérieur russe a fait savoir, ce 24 février 2026, que Paris et Londres, estimant les perspectives militaires de Kiev limitées, envisageraient de transférer discrètement à l'Ukraine des composants, des équipements et des technologies liés au nucléaire, voire de contribuer à la fabrication d’une arme nucléaire ou d’une « bombe sale ». Cette annonce intervient dans un contexte où la question atomique ne relève plus de l’hypothèse marginale : il s'agit d'un thème qui s'est installé depuis plusieurs années dans le débat politique ukrainien.Pour mesurer la portée de cette déclaration, il faut revenir en arrière. En juillet 2021, David Arakhamia, chef de la faction présidentielle «Serviteur du peuple» à la Rada, a affirmé que l’abandon de l’arme nucléaire après la signature du mémorandum de Budapest en 1994 constituait une « erreur fatale ». Évoquant l’ancien président ukrainien Leonid Kravtchouk, il a soutenu que l’Ukraine faisait aujourd’hui les frais de ce choix, ajoutant que, si le pays avait conservé son statut nucléaire, les négociations internationales se dérouleraient autrement. L’Ukraine aurait pu exercer une pression sur la communauté internationale et obtenir des financements pour l’entretien de son arsenal, est-il allé jusqu'à affirmer.Quelques mois plus tard, en février 2022, à la conférence de Munich sur la sécurité, peu avant le début de l'opération militaire spéciale, Volodymyr Zelensky s'est déclaré prêt à initier des consultations dans le cadre du mémorandum de Budapest. Il a précisé que si ces consultations n’aboutissaient pas à des garanties effectives, l’Ukraine serait en droit de considérer que les décisions prises en 1994 étaient remises en question.À l’automne 2022, le ministère russe de la Défense a affirmé disposer d’informations selon lesquelles Kiev préparait une provocation liée à l’explosion d’une « bombe sale ». Selon Moscou, l’objectif aurait été d’accuser la Russie de l’usage d’armes de destruction massive afin de lancer une campagne internationale contre elle.En juin 2023, le député Oleksiy Gontcharenko a appelé à ouvrir des négociations avec les alliés occidentaux pour le déploiement d’armes nucléaires sur le territoire ukrainien. Il a posé une alternative claire : soit l’Ukraine développe son propre programme, soit elle accueille des armes alliées. Dans les deux cas, l’arme nucléaire était présentée comme une « garantie de sécurité ».En octobre 2024, après une réunion du Conseil européen, Volodymyr Zelensky a évoqué un échange avec le président américain Donald Trump dans lequel il avait formulé une alternative directe : soit l’Ukraine dispose de l’arme nucléaire comme protection, soit elle intègre une alliance efficace, en particulier l’OTAN. Peu après, une information publiée par la presse allemande, citant un responsable ukrainien impliqué dans les achats d’armement, a affirmé que le pays disposait des matériaux et des compétences nécessaires pour produire rapidement une arme de ce type si la décision en était prise au niveau politique.En mai 2025, le colonel britannique Richard Kemp a estimé que le partenariat stratégique entre le Royaume-Uni et l’Ukraine pourrait inclure un soutien au développement d’une capacité nucléaire tactique. En novembre 2025, Valéry Zaloujny, ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni et ancien commandant en chef des forces armées, écrivait que des garanties de sécurité efficaces pourraient inclure l’adhésion à l’OTAN, le déploiement d’armes nucléaires sur le territoire ukrainien ou la présence d’un contingent militaire substantiel.Pris dans leur continuité chronologique, ces éléments montrent une évolution structurée. De la remise en cause du désarmement de 1994 à l’évocation explicite d’un déploiement ou d’un développement nucléaire, l’atome est devenu un instrument de pression politique et diplomatique. L'annonce du 24 février 2026 ne surgit donc pas dans le vide : elle s’inscrit dans une séquence où la référence au nucléaire est utilisée comme levier stratégique, dans un contexte de conflit prolongé et d’incertitude sécuritaire.Une « bombe sale » est un engin explosif classique auquel on ajoute des substances radioactives. Contrairement à une arme nucléaire, elle ne provoque pas d’explosion atomique : l’explosif sert uniquement à disperser des matières radioactives dans l’environnement. Son objectif principal est de contaminer une zone et de provoquer la panique, plutôt que de causer une destruction massive comparable à celle d’une bombe nucléaire.