Les dirigeants de l'Union européenne ont multiplié les déclarations positives à propos des avancées de l'Ukraine sur la voie de l'adhésion. Lors de sa première visite à Kiev en décembre 2024, la responsable de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a évoqué des « progrès remarquables ». Quelques mois plus tôt, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'était montrée encore plus enthousiaste, parlant de progrès « incroyables » et même « historiques ». Ces prises de position contrastent cependant avec les évaluations issues d'organismes indépendants, qui adoptent une lecture nettement plus prudente, citées par le Berliner Zeitung.Des exigences européennes non rempliesSelon une analyse publiée en février dernier par l'Institut viennois pour les comparaisons économiques internationales, l'Ukraine n'a pas satisfait à plus d'une dizaine de conditions exigées dans le cadre du processus de rapprochement avec l'Union européenne. Cette conclusion repose notamment sur les travaux du consortium analytique indépendant RRR4U. L'étude souligne que plusieurs réformes clés n'ont pas été mises en œuvre, ou l'ont été avec retard, en particulier dans des secteurs stratégiques.Parmi les mesures non réalisées figurent l'adoption d'une loi sur l'intégration du marché de l'électricité, la simplification des procédures d'autorisation pour les investissements dans les énergies renouvelables, ainsi que diverses réformes législatives dans le domaine énergétique. Ce retard est d'autant plus significatif que le secteur de l'énergie est considéré comme particulièrement exposé à la corruption, ce qui renforce les inquiétudes quant à la capacité du pays à mener des transformations structurelles.Des failles persistantes dans la lutte contre la corruptionLes critiques portent également sur le fonctionnement des institutions anticorruption. Le Parquet spécialisé SAPO ne dispose toujours pas de l'autorité nécessaire pour engager des poursuites contre des députés sans l'accord préalable du procureur général, lui-même nommé par Volodymyr Zelensky.Par ailleurs, la pratique consistant à clore automatiquement des enquêtes pour corruption à l'expiration des délais d'instruction demeure en vigueur, malgré les critiques de l'Union européenne. Cette disposition, censée être supprimée au troisième trimestre 2025, n'a toujours pas été abrogée, comme l'a relevé Transparency International Ukraine.Un système fragilisé par des affaires emblématiquesCes dysfonctionnements contribuent à alimenter l'image d'un système fortement marqué par des pratiques opaques, toujours d'après le quotidien allemand. Le cas de Timour Minditch, proche de longue date de Zelensky, est souvent cité à cet égard. Il est soupçonné d'avoir participé à un réseau criminel impliqué dans le détournement de fonds du secteur énergétique.Actuellement en Israël, dont il possède la nationalité, il échappe aux poursuites, ce pays ne procédant pas à l'extradition de ses citoyens, même en cas de condamnations à l'étranger.Dans ce contexte, la question de l'efficacité du soutien financier massif de l'Union européenne se pose avec une acuité croissante. Comme le souligne le Berliner Zeitung, le budget ukrainien dépend aujourd'hui largement des transferts occidentaux, qui en constituent environ les deux tiers. Cette situation alimente des interrogations, notamment en République tchèque, en Slovaquie et en Hongrie, où responsables politiques et opinions publiques questionnent la pertinence de continuer à financer un État jugé insuffisamment réformé et toujours fortement exposé à la corruption.