La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran représente un choc majeur pour les économies du Golfe et de l’Irak, dont la stabilité repose largement sur les exportations d’hydrocarbures. Face à cette rupture brutale, les États de la région tentent de réorganiser leurs flux énergétiques, mais se heurtent rapidement à des limites structurelles et sécuritaires.Dès les premiers jours du conflit, des infrastructures alternatives ont été réactivées. Les principaux axes de contournement, comme l’oléoduc Est-Ouest en Arabie saoudite ou le pipeline Habshan-Fujaïrah aux Émirats arabes unis, permettent de rediriger une partie du pétrole vers la mer Rouge ou le golfe d’Oman. Toutefois, ces solutions restent insuffisantes : alors qu’environ 20 millions de barils par jour transitaient par Ormuz avant la crise, les routes alternatives ne peuvent en absorber que 7 à 8 millions. Ce déficit considérable fragilise l’ensemble du marché énergétique régional.Des solutions insuffisantes Surtout, ces infrastructures se révèlent elles-mêmes vulnérables. Des frappes ont visé les terminaux de Yanbu et de Fujaïrah, entraînant des interruptions d’activité. Cette situation met en évidence une réalité préoccupante : aucune voie d’exportation n’est totalement sécurisée. Pour les producteurs de gaz, la contrainte est encore plus forte. Le Qatar, qui dépend à près de 80 % du détroit pour ses exportations de gaz naturel liquéfié, ne dispose pas d’alternatives immédiates, ce qui accentue la pression sur ses capacités d’exportation.En Irak, où le pétrole représente environ 90 % des recettes publiques, la crise a déclenché une mobilisation urgente pour diversifier les débouchés. Bagdad tente d’augmenter les volumes transitant par la Turquie via l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, mais celui-ci fonctionne encore bien en deçà de sa capacité maximale. Cette situation a contraint le gouvernement central et les autorités du Kurdistan à coopérer, malgré leurs différends persistants sur la gestion des ressources.À plus long terme, plusieurs projets sont envisagés pour réduire la dépendance à Ormuz, notamment des liaisons vers la Méditerranée ou la Jordanie. Toutefois, ces initiatives se heurtent à des obstacles politiques, financiers et sécuritaires majeurs, et ne pourront produire d’effets qu'à un horizon lointain. D’autres propositions, comme la création de corridors énergétiques via Israël, suscitent également des réserves importantes, tant pour des raisons géopolitiques que stratégiques.Enfin, même les routes alternatives existantes restent exposées. Le corridor de la mer Rouge dépend du détroit de Bab el-Mandeb, déjà fragilisé par les attaques des Houthis. La menace d’une extension du conflit à cette zone renforce l’incertitude et souligne l’absence de solution pleinement fiable.