Pendant plus de quarante ans, Benjamin Netanyahou a interprété le Moyen-Orient à travers une grille unique : celle d’un réseau tentaculaire dont le centre se situe à Téhéran. Selon cette lecture, les groupes armés régionaux ne sont que des prolongements d’un même pouvoir. Cette vision, répétée et consolidée au fil des décennies, guide aujourd’hui encore ses choix, alors que la région est plongée dans une guerre ouverte.L’assassinat de l’ayatollah Khamenei en février 2026 a marqué un tournant majeur, transformant une confrontation indirecte en conflit régional assumé. Frappes croisées, tensions maritimes dans le détroit d’Ormuz et extension des combats au Liban ou à Gaza témoignent d’un embrasement que la stratégie israélienne n’a pas permis de contenir. L’idée d’affaiblir les « tentacules » pour atteindre le centre semble désormais produire l’effet inverse : une multiplication des fronts.Toujours plus radical Cette doctrine ne s’est pas construite ex nihilo. Héritée en partie de son père, nourrie par son expérience américaine et son parcours militaire, elle repose sur une conviction centrale : les menaces ne se négocient pas, elles s’éliminent. Cette logique a structuré son opposition aux accords d’Oslo, son hostilité constante envers l’Iran et son rejet des cadres diplomatiques internationaux, notamment lors de l’accord nucléaire de 2015.Mais avec le temps, cette vision s’est rigidifiée. En affaiblissant les alternatives politiques palestiniennes et en favorisant indirectement des acteurs plus radicaux, elle a contribué à complexifier les équilibres régionaux. L’attaque du 7 octobre 2023 en a été l’illustration brutale, révélant les limites d’une approche fondée presque exclusivement sur la dissuasion et la fragmentation.Aujourd’hui, la guerre contre l’Iran apparaît autant comme l’aboutissement de cette doctrine que comme une fuite en avant. Confronté à des pressions judiciaires et politiques inédites, Netanyahou semble lier son destin personnel à celui du conflit. La guerre devient alors un outil de survie autant qu’un projet stratégique.Pourtant, ce pari est risqué. L’Iran, perçu comme une menace existentielle, fédère l’opinion israélienne mais aucun succès rapide n'est garanti. Dans le même temps, la société israélienne se fragmente, l’extrême droite gagne en influence et les tensions internes s’accentuent.Au final, la question dépasse la seule figure de Netanyahou : sa stratégie, en cherchant à sécuriser Israël à tout prix, ne contribue-t-elle pas à en fragiliser les fondements mêmes ? L’héritage qu’il laissera dépendra de la réponse à cette question.