Le paradoxe ne cesse de s’accentuer : les cours du cacao chutent, mais le prix du chocolat continue de grimper. Après une flambée historique en 2024 et 2025, le prix des fèves sur les marchés mondiaux a pourtant été divisé par trois depuis Pâques 2025. Malgré cette détente, les consommateurs français devront encore payer plus cher leurs tablettes et confiseries : après une hausse de 15,7 % entre avril 2024 et avril 2025, une nouvelle augmentation moyenne de 4 % est attendue en avril 2026.Selon une étude de l’association UFC-Que choisir, publiée le 1er avril, certains produits affichent des hausses encore plus marquées : Ferrero Rocher (+10 %), Kinder (+7 %), Milka (+8 %), Lindt (+7 %) et Nestlé (+4 %).Les industriels expliquent ce décalage par le délai entre l’achat du cacao et la mise en rayon, qui peut aller de six mois à un an et demi. Le Syndicat du chocolat souligne ainsi que les produits de Pâques 2026 ont parfois été fabriqués avec des fèves achetées au plus fort de la flambée des cours.Mais cette explication ne suffit pas à dissiper les interrogations sur la répartition de la valeur au sein de la filière.Des profits réalisés au détriment des producteurs de cacaoSelon une étude de la FAO publiée en 2024, les distributeurs et les marques captent à eux seuls 70 % de la valeur d’une tablette de chocolat noir, contre seulement 11 % pour les producteurs de cacao. Autrement dit, alors que les prix mondiaux reculent fortement, la baisse se répercute très peu pour les consommateurs et presque pas du tout pour les planteurs, qui restent les grands perdants.La situation est particulièrement préoccupante en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao. Le pays traverse une crise silencieuse : près de 123 000 tonnes de cacao invendues s’accumulent dans les ports d’Abidjan et de San Pedro, ou directement au bord des plantations.Ces stocks, exposés aux intempéries et au risque de moisissure à l’approche de la saison des pluies, fragilisent encore davantage les revenus des agriculteurs. « La vie est devenue extrêmement difficile pour les planteurs, qui peinent à se nourrir et à scolariser leurs enfants », alerte Moussa Koné, président du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire.