Le retour de la République centrafricaine sur le marché international du diamant, après plus d’une décennie de restrictions, se heurte à une réalité économique défavorable. Alors que la levée complète de l’embargo devait redynamiser un secteur stratégique, les résultats enregistrés depuis le début de l’année montrent au contraire un net ralentissement des exportations.D’après les dernières données du Processus de Kimberley, le volume des ventes à l’international s’est contracté en 2025, aussi bien en quantité qu’en valeur. Le pays a exporté 71 754 carats de diamants en 2025, pour une valeur de 7,9 millions de dollars. Une baisse marquée par rapport aux 112 807 carats exportés en 2024, valorisés à 12,8 millions de dollars, et aux 107 856 carats de 2023, pour 12,2 millions de dollars.Cette contre-performance s’explique en grande partie par le contexte mondial. Le marché du diamant traverse une phase de forte correction, marquée par une chute prolongée des prix. En l’espace de deux ans, la valeur de la pierre précieuse s’est sensiblement érodée, réduisant les marges des exploitants et ralentissant les investissements dans la filière.La ruée vers l'or des investisseursFace à cette baisse de rentabilité, une partie des acteurs miniers réoriente progressivement ses activités vers l’or, dont les cours restent plus attractifs sur les marchés internationaux.Sur le terrain, le secteur demeure largement artisanal. L’extraction repose sur des milliers de mineurs dispersés à travers le pays, dans un environnement encore marqué par les séquelles de l’instabilité sécuritaire et économique qui a accompagné les années d’embargo.Cette longue période de restrictions a profondément transformé le secteur, favorisant l’expansion de circuits informels et du commerce clandestin, dont une partie échappe encore aux mécanismes de contrôle officiels, notamment ceux du Bureau d’évaluation et de contrôle du diamant et de l’or (Becdor).Un quasi-monopole belgeAutre caractéristique du marché : sa forte concentration. L’essentiel des exportations repose aujourd’hui sur un nombre limité d’opérateurs, avec une position dominante de la société belge CCO, qui capte la quasi-totalité des volumes commercialisés à l’étranger.À côté de cet acteur majeur, quelques opérateurs comme Dunta, Bangui Better Built et Badica maintiennent une activité plus réduite. Cette dernière continue notamment de subir les effets des sanctions américaines qui pèsent sur son activité depuis plusieurs années.Sur le plan commercial, les débouchés restent peu diversifiés. Les Émirats arabes unis concentrent l’essentiel des achats, confirmant leur rôle central dans le négoce des diamants centrafricains, tandis que les autres destinations demeurent marginales.