Afrique : Washington adopte la diplomatie de la santé contre les minerais

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L’aide sanitaire américaine en Afrique prend un tournant de plus en plus transactionnel. En Zambie, comme dans plusieurs autres pays du continent, Washington conditionne désormais une partie de son soutien financier à des engagements dans le secteur des ressources minières, illustrant une nouvelle doctrine diplomatique axée sur les intérêts stratégiques.Révélé en mars 2026, un projet d’accord entre les États-Unis et la Zambie prévoit une enveloppe de 320 millions de dollars destinée au système de santé du pays pour 2026, afin de compenser les effets des coupes drastiques dans les programmes de l’USAID. Ce montant doit toutefois diminuer progressivement pour atteindre 112 millions de dollars à l’horizon 2030.Mais au-delà du volet sanitaire, le texte inclut des contreparties explicites liées à la coopération minière. Lusaka, deuxième producteur africain de cuivre après la RDC, occupe une place stratégique dans la « Copper Belt », région clé pour l’approvisionnement mondial en minerais critiques. En 2025, la Zambie a produit près de 890 000 tonnes de cuivre et vise le seuil du million de tonnes à court terme.Le cuivre, désormais classé parmi les minéraux critiques par les autorités américaines, est au cœur des chaînes industrielles liées au numérique, à l’électronique et à la transition énergétique. Dans ce contexte, Washington cherche à sécuriser ses approvisionnements face à la concurrence croissante de la Chine sur le continent africain.Un ultimatum américain avant la levée des aides sanitairesSelon plusieurs sources, les autorités américaines auraient assorti leur proposition d’un ultimatum, laissant planer la menace d’une suspension de l’aide en cas de refus. Cette approche, perçue par certains observateurs comme une forme de pression diplomatique, suscite de nombreuses critiques parmi les experts de la santé publique et de la coopération internationale.La Zambie n’est pas un cas isolé. Des accords comparables ont été proposés ou signés avec d’autres pays africains, notamment le Rwanda, l’Ouganda, le Lesotho et l’Eswatini. Certains États, à l’image du Zimbabwe et de la Zambie, ont toutefois exprimé des réserves, dénonçant des clauses jugées contraires à leurs intérêts nationaux.Pour plusieurs spécialistes, le recours à la santé comme levier de négociation s’explique par la dépendance structurelle de nombreux systèmes sanitaires africains à l’aide extérieure, en particulier dans la lutte contre le VIH, le paludisme et les urgences épidémiques. Cette fragilité place les gouvernements face à des arbitrages délicats entre souveraineté économique et impératifs de santé publique.